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Chapitre 3
No.3
Nombre de mots : 1096    |    Mis à jour : 30/12/2021

Mircea se demandait comment réagir à ce flot intarissable de paroles dont elle ne saisissait que des bribes infimes de-ci, de-là. À tout hasard, elle lança :

— Ma foi, ce sera donc Damon en ce qui me concerne, puisque tel est votre bon plaisir et que je n’ai, de surcroît, point saisi grand-chose d’autre à votre récit…

Elle se leva de ce banc, sur lequel elle avait passé tellement d’heures que l’on aurait pu croire que son empreinte s’y serait imprimée, et fit une brève révérence en soulevant les pans de sa robe.

— Mircea Basarab, pour vous servir messire Damon.

Elle se rassit illico et se complut à nouveau dans un silence approprié à sa condition féminine et à son état de veuvage. Toutefois, cette conversation avait réveillé quelque chose en elle : le sentiment d’être vive encore et non point trépassée. Elle n’en avait pas forcément renoué avec le goût de vivre, avec l’envie de vivre, mais elle avait à nouveau la sensation d’exister. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait pas ressenti cela.

Aussi, comme ce… Damon persistait à se tenir coi, elle se surprit par sa propre audace en osant ranimer la conversation qui paraissait pourtant éteinte un instant plus tôt :

— Messire, quel est donc ce sortilège dont vous avez usé pour éclairer vos pas il y a peu ?

— Un sortilège ? Ah OK… pas possible ! J’y suis ! Tu es une actrice en train de préparer son personnage pour un film historique ! Bon attends, je vais essayer de me mettre à ton diapason. Mais, tu sais, en ce qui me concerne c’est plutôt Bram Stoker mon trip… La fin du dix-neuvième siècle en Grande-Bretagne.

Damon ferma les yeux, fit le vide dans sa tête et se lança dans son improvisation :

— Noble dame, point n’ai-je fait usage de sortilèges. Mais, j’use bel et bien d’une torche particulière. Celle-ci emprisonne la lumière sans avoir nul besoin d’user de la moindre flamme. C’est là le produit de la recherche d’habiles artisans et de subtils alchimistes et non point magie diabolique. Pitié, gente dame, ne me dénoncez point aux vils inquisiteurs, je ne veux point périr sur le bûcher.

Il changea alors de ton en s’inquiétant :

— Ça va comme cela, j’ai été bon sur ce coup ?

Mircea n’avait point tout saisi… Mais, sans savoir pourquoi, elle se prit au jeu de cet étrange jeune homme et de son incompréhensible verbiage :

— Vraiment messire Damon, ne craigniez rien. Je suis moi-même bonne catholique assurément, mais puisque ceci semble être une confession, votre secret restera scellé en mon cœur jusque dans ma tombe et ne franchira point mes lèvres. Je suis néanmoins tout esbaudie que vous redoutiez l’inquisition si vous ne pratiquez point la sorcellerie. À moins que vous ne soyez en réalité un dangereux hérétique, un hussite8peut-être ?

J’espère bien que non. Mon père vous tuerait sans l’ombre d’un remords si vous en étiez un. Non point par conviction ou pour la foi, mais parce que ces derniers l’ont trahi, eux aussi, comme tant d’autres avant eux.

Damon ignorait tout de ce que pouvait être un hussite et s’interrogeait sur le fait de savoir si le père de Mircea était également un médiéviste ou bien un joueur de jeu de rôle

. Mais, plus certainement, ce père, auquel Mircea faisait référence, devait être un personnage fictif qui participait ainsi à la généalogie de l’avatar qu’elle interprétait avec une remarquable constance et un indéniable brio.

— Je ne sais point ce qu’est un hussite, par conséquent, il est peu probable que j’en soi un, affirma Damon pour clore ce chapitre embarrassant.

— De fait, je m’en doutais. Vous êtes visiblement un sujet du roi Charles de France et les hussites sont des habitants de la Bohème. Ainsi donc messire Damon, qu’est-ce qui vous amène en ces lieux ?

— À Naples ou dans ce cimetière ?

— Les deux, mon ami, les deux.

— Comme ce sont les vacances scolaires, mon père a tenu à ce que je l’accompagne sur son chantier de fouilles, il est archéologue… Étant donné que je suis majeur, j’aurais pu refuser, mais ma copine est en plein trip Bella Swann et elle m’a laissé tomber pour un sosie d’Edward Cullen, oui je sais, c’est complètement zarbi. De plus, je n’avais jamais mis les pieds à Naples avant cette opportunité, alors…

— Bella et Edward… Cela fait deux fois que vous m’en parlez. Je vous concède de n’avoir point la moindre idée de qui ils peuvent bien être, vous m’en voyez marrie.

— Ne sois pas désolé. Ça me fait plaisir au contraire. C’est vraiment trop girly cette histoire. C’est du grand n’importe quoi pour un gothique comme moi. Et puis, ta réaction est normale, à ton époque ces livres n’avaient pas encore été écrits et le cinéma n’existait pas… Tu es admirablement douée, même si ce jeu rend notre conversation plus compliquée. Disons, pour utiliser des références qui te parleront, c’est un peu comme si Iseult voulait obtenir quelque chose de Tristan et faisait tout ce qu’il faut pour l’avoir, alors que pour Tristan c’est au contraire une histoire d’amour inconditionnel mais avec des contraintes impossibles néanmoins, bref je m’égare et m’embrouille.

— Vous avez dit gothique… Je pensais que vous étiez Français…

— Oups, sorry… Dur, dur de faire attention à s’exprimer comme en…. Au fait en quelle année sommes-nous selon toi ?

— Je ne sais trop. J’avoue avoir perdu le compte des jours depuis… un temps certain… 1492, je crois, ou peut-être un peu plus tard. Sans doute devrais-je m’en enquérir auprès de père.

— Ah OK ! Bon, si l’on continue à se voir… Faudra que je révise mes cours d’Histoire… ou que tu acceptes de quitter ton personnage quelques instants.

Mircea avait un regard de plus en plus anxieux au fur et à mesure qu’elle se posait des questions qui demeuraient silencieuses. Cet étranger était persuadé que l’an 1492 se situait dans un passé lointain… Se jouait-il d’elle ? Les années s’étaient-elles envolées plus vite qu’elle ne le croyait ? Et si tel était le cas, pourquoi n’avait-elle point changé ? Ses mains ne portaient point les traces de l’âge. Elle se sentait toujours vive et leste, comme n’importe quelle fille de vingt ans. Il se pouvait également que ce sorcier soit capable de voyager parmi les âges et, qu’en réalité, il vienne d’un futur fort éloigné. Arrivée au terme du fil de ses pensées, elle réalisa que le garçon avait suggéré qu’ils se revoient…

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