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Chapitre 2
No.2
Nombre de mots : 1243    |    Mis à jour : 30/12/2021

Le garçon était un jeune adulte, sans doute légèrement plus jeune qu’elle-même. Il portait des bottes noires auxquelles pendaient étrangement des petites chaînes d’acier qui cliquetaient à chacun de ses pas. Ce qui lui servait de chausses4, également noires, luisaient comme si elles étaient faites en cuir. Elles lui collaient parfaitement à la peau, soulignant l’arc formé par ses jambes musculeuses. Une ceinture de cuir, noir également, lui ceignait la taille, mais ne semblait pourtant soutenir aucune arme, aucun ustensile, ni la moindre bourse ou gibecière. Bizarrement, il semblait que cette buffleterie ne servait qu’à retenir ses chausses qui étaient visiblement dépourvues d’aiguillettes5. Par-dessus ce fin et frustre baudrier, une espèce de chainse, noire elle aussi, arborait sur le devant des armoiries brodées en fil d’argent. Toutefois, le motif de celles-ci était partiellement dissimulé par un doublet en cuir noir qui, curieusement, s’ornait de chaînettes métalliques aux épaules et d’une floraison de médaillons polychromiques sur les revers.

Soudain, la silhouette longiligne trébucha. Quelques mots étranges fusèrent, prononcés sur un ton virulent et blasphématoire. Dans la foulée du verbiage inconnu, un halo scintillant jaillit du poignet du garçon pour éclairer son chemin. La lumière forma aussitôt une sorte de cône brillant qui flottait entre les travées de pierres tombales tel un feu follet circulaire jouant dans la nécropole. Cette apparition luminescente, seulement quelques secondes après les imprécations, eut pour effet de convaincre Mircea qu’elle devait avoir affaire à un redoutable magicien. Elle sortit alors de sa morbide catatonie pour la première fois depuis bien longtemps et se mit à suivre des yeux ce mystérieux visiteur avec un vif intérêt, ne sachant si elle devait craindre pour sa propre existence ou non.

Telle une luciole frénétique, le halo fluorescent sautillait d’épitaphe en épitaphe, de bouquets effondrés en fleurs momifiées, d’angelots en piétas. Pas à pas, le cercle de clarté artificielle taillait sa route en direction de la frêle jeune fille qui demeurait immobile, tétanisée, figée, telle une statue polychromique.

Bientôt, le rayon lumineux effleura les pans de la vêture azurée, puis commença à remonter le long des jambes, glissant du mollet vers la cuisse. L’ascension du faisceau se poursuivit, s’élevant au-delà de la ceinture pour escalader ensuite les hanches, les coudes, atteindre les épaules enfin. Puis, tel le crayon phosphorescent d’un artiste angélique, le trait souligna les joues délicates, le nez semblable à celui de la déesse Vénus dans les musées locaux, les yeux qui… soudain s’animèrent.

La pupille se contracta sous l’intensité de la lueur. Une main s’éleva, presque malgré elle, pour former un bouclier de chair blanche entre les photons et ces yeux magnifiques qui se refermaient sous les effets de l’agression brûlante. Le jeune homme stupéfait baissa sans tarder sa main en direction du sol, éloignant ainsi la lumière tout en poussant un cri de surprise.

— Mince ! Désolé je vous avais pris pour une de ces statues de vierge.

Comme si, malgré tout, il ne s’était guère fourvoyé, la damoiselle resta immobile et sans voix. Alors, le garçon, bien qu’interloqué par une présence en ces lieux à cette heure inattendue, décida de rompre à nouveau ce pesant silence.

— Vous ne comprenez pas le français ? Désolé, je ne pratique pas l’italien, je ne suis pas d’ici.

Mircea reconnut vaguement cette langue qu’elle avait beaucoup utilisée en un autre temps. Certes, elle n’avait pas la même familiarité à ses sens que l’italien, le latin, le hongrois, le grec, le slavon ou le dace. Mais, elle y était suffisamment accoutumée pour entretenir une conversation avec cet inconnu. Ce dernier

lui semblait finalement moins hostile ou dangereux qu’elle ne l’avait cru de prime abord, compte tenu de sa capacité magique à faire jaillir de la lumière de sa main simplement en incantant quelques mots incompréhensibles.

Elle regardait à présent l’individu dans les yeux en ébauchant un timide et pudique sourire. Pour la première fois, elle osa détailler son visage.

Il avait des yeux gris-vert qui semblaient animés d’une insatiable soif de découvertes, mais, signe de son appartenance probable à un ordre magique étranger et ancien, ceux-ci étaient surlignés d’un trait de kohl noir. Ses sourcils étaient sombres, comme l’était sa chevelure semi-longue qui achevait sa descente vers les épaules et la nuque en une floraison de bouclettes à la florentine. Son nez aurait été anodin s’il ne venait attirer le regard sur ses lèvres charnues qui, inexorablement, inspiraient le baiser. Il était glabre, ce qui mettait en évidence son menton saillant et anguleux pour ne point dire volontaire. Ses oreilles étaient toutes en courbes graciles. En résumé, il n’était pas vraiment beau, mais dégageait un certain charisme, une indéniable présence due à son aura de sorcier sans nul doute.

Troublée plus qu’effrayée, Mircea s’enhardit. Pour la première fois depuis très longtemps, sa gorge se dénoua, sa langue se délia et elle hasarda d’une voix fluette, mais aussi mélodieuse que le chant du rossignol :

— Messire, j’ouïs parfaitement le François.

— Wôw, trop stylée la meuf… À fond dans son rôle. Où sont les caméras ? C’est pour une émission de gags ? À moins que tu sois complètement habitée par ton G. N6

— Ce me semble, messire, que votre patois m’est quelque peu étranger ! Je pratique certes, comme il sied aux personnes de mon rang, le François. Comme il convient pour se plier à la stricte étiquette de la cour de notre bon roi, mais je n’entends rien à votre salmigondis.

— Lol… dit, si ce n’est pas pour une caméra cachée, tu peux arrêter d’interpréter ton personnage, ça devient trop flippant.

— Je crains messire que nous ne puissions poursuivre plus outre cette conversation. D’ailleurs, nous n’avons point été présentés. Brisons donc là.

— OK… c’est d’accord ! Je vois !

Tu sais, il m’arrive, à moi aussi, d’aller avec des cops gothiques ou steampunk à l’une ou l’autre de vos fêtes médiévales, à des rassemblements de geeks ou à des festivals JDRGN7. Je vais essayer de jouer selon tes règles, même si cela ne va pas faciliter la com entre nous, si tu vois ce que je veux dire. Attends une seconde que je me concentre.

Il se racla la gorge, puis reprit avec emphase comme un acteur débutant qui surjouerait son interprétation du Cid :

— Gente dame, je suis votre serviteur. L’on me nomme Damon.

Il s’interrompit. Se sentant un peu ridicule, il jugea utile de préciser :

— En réalité, c’est Damien, mais ça ne le fait pas trop niveau gothique. Mon ancienne copine aurait préféré Edward ou Stefán, mais bof… Le premier est un naze, végétarien et neurasthénique qui se laisse complètement embobiner par Bella. Tu sais, c’est cette gamine qui le manipule pour obtenir ce qu’elle désire plus que tout au monde, ne plus jamais vieillir. Cet idiot n’y voit que du feu, un vrai nigaud, il ne marche pas, il galope. Quant au second, il est ridicule avec ses excès. Tantôt, il joue les saints puis il se métamorphose en un boucher incontrôlable. Pas étonnant que finalement l’héroïne le plaque pour se jeter dans les bras de son frère, le fameux et ténébreux Damon justement… Oups ! J’espère que je n’ai pas spoilé pour le cas où tu n’aurais pas suivi la série à la télé… Si tu le souhaites, j’ai les DVD, je peux te les prêter… À condition que tu me les rendes évidemment. En tout cas, Damon c’est trop la classe et puis ça ressemble assez à Damien.

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