M.
Louis l’avait rencontrée par une journée chaude de juillet
Il devait sortir avec une amie, boire un verre, aller au restaurant, pour finir en boîte de nuit, bien que cette dernière option lui déplût. Précisons qu’en fait de sortir avec une amie, il s’agissait surtout pour lui de servir de chauffeur, car à défaut d’autres qualités, Louis possédait une antique voiture, aussi moche qu’elle était fiable.
Son amie donc, Carine, craignant sans doute de sortir seule avec lui, demanda à sa meilleure amie Murielle de les accompagner. Louis soupçonnait Carine de vouloir se débarrasser de lui en refilant son trop libidineux chauffeur à son amie, ou allez savoir encore quel plan tordu toutes deux avaient pu imaginer. Il ne connaissait pas Murielle, sinon que par entendre Carine la citer à tout propos.
D’un naturel docile, il avait surtout escompté multiplier ses chances par deux d’arriver à ses fins en accompagnant ces demoiselles dans leurs pérégrinations nocturnes.
Sa stratégie était simple : être un parfait gentleman en toute occasion, serviable, aimable, poli et usant d’un humour le plus subtil possible. Nul doute qu’il finirait bien par obtenir un résultat, peu importait avec laquelle, et si les dieux étaient avec lui, peut-être avec les deux ! On pouvait toujours rêver. On pourra mesurer l’abîme de naïveté dans laquelle ses vingt ans le plongeaient.
Il élaborait donc ce plan en conduisant, tout en écoutant d’une oreille distraite la logorrhée de sa passagère. Cette dernière lui indiquait la route à suivre entre deux commentaires sur la lâcheté masculine qui n’avait d’égal que la pureté des sentiments féminins.
Le village où habitait Murielle était isolé dans la montagne et la route serpentant entre champs et forêts, ruisseaux et vallons, exhalait toutes les odeurs bucoliques de la campagne : ici le foin, là le sous-bois, ou là encore la reine des prés. Au plaisir olfactif, s’ajoutait le ravissement des yeux où la nature encore sauvage alternait avec les zones de culture à l’échelle humaine. Vraiment, l’endroit n’avait pas son pareil pour mettre les sens en éveil. Arrivés au village, il fallait encore emprunter un embryon de route pour rejoindre le hameau, lui-même excentré du village pour rallier la maison de Murielle. Un petit surplus de ravissement avant d’arriver à destination : une ferme qui semblait avoir été là depuis des temps séculaires.