L'héritage sous contrat

L'héritage sous contrat

Moucharaf Owen

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Le contrat était la première chose. Il n'était pas scellé par l'amour ou la confiance, mais par le fer froid de la dette et la vengeance. Germina Amsellem (née Dubois), ancienne étoile montante de la pâtisserie parisienne, n'était qu'un dommage collatéral. L'homme qui détenait son destin, Gabriel Amsellem, était un titan de la finance, un magnat dont le pouvoir n'avait d'égal que la froideur de son âme brisée. ​Pour rembourser une dette colossale et sauver son rêve, Germina fut contrainte de signer le marché du diable : devenir l'épouse de Gabriel. Ce mariage, initialement une prison dorée et une humiliation calculée, devait servir de paravent à l'empire Amsellem et de pénitence à la femme. ​Mais le magnat, obsédé par le contrôle et rongé par la culpabilité d'un passé tragique, n'avait pas anticipé la résilience de Germina. Derrière sa froideur, elle perçut l'homme seul, l'enfant blessé par la trahison. À travers les mensonges, les manipulations et l'intimité forcée, une vérité brûlante émergea : l'amour. ​Le contrat fut détruit, la bague acceptée par choix, et leur union devint une quête de rédemption mutuelle, scellée par la promesse d'une nouvelle vie. Mais le destin, imprévisible par nature, ne permet pas au maître du contrôle de dicter toutes les fins. ​Le prix à payer pour l'amour absolu et la liberté s'avérerait plus lourd que toutes les dettes. C'est l'histoire d'un empire bâti sur la vengeance, racheté par le pardon, et légué par une tragédie. C'est l'histoire de Germina Amsellem, qui a perdu l'homme, mais a hérité du monde.

Chapitre 1 Chapitre

Le soleil de midi filtrait à travers les vitres de la Pâtisserie "La Fleur Sucrée", jetant des taches de lumière dorée. Mais dans le bureau feutré à l'arrière, l'ambiance n'avait rien de sucré.

​Germina, vêtue d'un tailleur impeccable qui masquait la fatigue de sa nuit, était assise sur le coin du grand canapé en cuir. En face, Clara, son associée et meilleure amie, classait des dossiers.

​- Il s'appelle Thomas, je crois. Ou peut-être Daniel, lança Germina, sans quitter des yeux son café.

​Clara leva les yeux, haussant un sourcil.

​- Qui ? L'homme avec qui tu as... satisfait tes besoins hier soir ?

​Germina sourit, un sourire mince et amer.

​- Peu importe. C'était juste une nuit. Un fantôme. Je l'ai payé pour qu'il parte discrètement ce matin. Elle écrasa le sucre au fond de sa tasse, un geste nerveux.

​- Germina, ça suffit ! Clara laissa tomber ses dossiers. Le bruit claqua comme un coup de feu. Elle se leva. - On parle de quoi là ? De ton entreprise qui fait les plus beaux gâteaux de mariage de toute la ville, ou de ta vie qui devient un gâteau rassis ?

​Germina pinça les lèvres. Elles ne comprennent jamais. Elles voient le succès, pas la solitude.

​- Non ! Tu as le droit d'être heureuse ! s'exclama Clara, adoucissant légèrement sa voix. Elle s'assit à côté de Germina. - C'est le moment d'arrêter cette mascarade de 'sexe sans lendemain'. Tu dois trouver un homme, un vrai, pour construire la famille dont tu rêves.

​Germina retira sa main et se leva, traversant la pièce jusqu'à la grande baie vitrée.

​- Tu crois que je n'essaie pas ? Sa voix était un murmure écorché. - Tu crois que je veux cette vie ?

​Elle se retourna, le regard chargé de désespoir.

​- Le problème, ce n'est pas que je ne veux pas le "meilleur homme". Le problème, c'est que dès que je décide de faire sérieux avec quelqu'un, dès que j'ouvre mon cœur... il m'abandonne.

​Elle s'appuya contre le mur.

​- Je n'ai besoin de rien ! L'argent, je l'ai. L'entreprise, je l'ai. Je ne demande que de l'amour. Et quand ils réalisent que l'amour ne s'achète pas, que je suis juste une femme avec un cœur à prendre, ils partent. Sans exception.

​- C'est pour ça que je fais ça ! C'est moins douloureux de coucher avec un inconnu que d'ouvrir la porte à une nouvelle trahison. Il faut que tu comprennes. Ça n'a rien à voir avec l'argent d'aujourd'hui. C'est plus vieux, Clara. C'est la première fois qu'on m'a appris que j'étais une mauvaise monnaie d'échange. C'était bien avant que Papa ne parte. Assieds-toi. Il faut que je te raconte l'histoire de Samuel...

​Germina prit une profonde inspiration et se rassit.

​- Samuel... c'était il y a sept ans. J'avais dix-huit ans. Papa était encore là. J'étais insouciante.

​Elle décrivit sa rencontre, le début de leur relation où il lui faisait croire qu'il la voyait pour elle. Elle se souvint du surnom ridicule et tendre : "mon petit trésor."

​- Après six mois, il a commencé à parler de ses "projets qui n'aboutissaient jamais". Il me demandait de lui prêter ma voiture pour des rendez-vous d'affaires. Puis de l'argent. 'Juste pour payer une dette', 'pour lancer un petit investissement'. Je lui donnais tout, Clara. Mon compte d'épargne. Je me disais : C'est la preuve de mon amour. Si je l'aide, il verra que je suis la femme qu'il lui faut.

​La gorge de Germina se serra.

​- Papa a fait des recherches. Il m'a appelée un soir et m'a mis sous les yeux des documents. Samuel n'était pas un conseiller. C'était un escort de luxe qui changeait de cible dès qu'il avait vidé ses comptes. Il était fiancé à une autre femme riche.

​Germina se leva et versa un verre d'eau. Ses mains tremblaient.

​- Papa m'a montré une carte de vœux qu'il avait écrite à cette autre femme. Il l'appelait... "Mon petit trésor." J'étais juste une autre source de revenus. Il m'a tout pris, Clara. Et au lieu de s'excuser, il m'a téléphoné pour me dire que je l'avais ruiné, et que je ne trouverais jamais personne pour m'aimer juste moi.

​Germina vida son verre d'un trait.

​- C'est là que mon cœur s'est brisé. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je préfère payer des hommes sans âme pour une nuit que de laisser un autre Samuel entrer dans mon cœur et le dévaliser.

Germina venait de finir son verre d'eau, le silence s'installant, lourd de sept années de souffrance refoulée.

​Clara, les yeux embués, ne dit rien pendant de longues secondes. Elle se leva, contourna le bureau et s'assit juste à côté de Germina sur le canapé en cuir, si près que leurs épaules se touchaient. Elle lui prit la main et la serra fort, un geste de soutien silencieux qui valait mille mots.

​- Oh, ma Germina... souffla Clara, la gorge serrée.

​Germina la regarda, les yeux brillants, non pas de larmes, mais d'une rage contenue.

​- Tu comprends maintenant ? murmura-t-elle. Ce n'est pas un caprice, c'est une armure. Chaque homme qui s'approche me rappelle qu'on ne m'aimera jamais que pour le carrosse qui m'entoure.

​Clara soupira, et son regard se fit à la fois maternel et ferme.

​- Écoute-moi bien. Ce Samuel, c'était une ordure. Un parasite. Et il n'était qu'un. Tu ne peux pas laisser un seul mauvais gâteau te faire croire que toute la pâtisserie est ratée. Tu auras le meilleur, Germina. Je le sais. Peut-être que ce n'est pas le moment, peut-être que ton heure de gloire n'a pas encore sonné.

​À ce mot, quelque chose se brisa dans le regard de Germina. Un rire amer et sec lui échappa.

​- « Heure de gloire » ? Elle retira violemment sa main de celle de Clara et se jeta en arrière dans le fauteuil en cuir, le dos frappant le dossier. Le cuir grinça.

​- Tu es vraiment sûre qu'il y a une « heure de gloire » dans l'histoire de trouver l'amour ? demanda-t-elle, sa voix se chargeant d'une intensité désespérée. Je n'y crois pas ! Si c'était vraiment le cas, cette heure aurait sonné il y a des années, non ? J'ai tout. J'ai de l'amour à donner, de la loyauté à revendre, une vie stable !

​Elle serra les poings, les jointures blanchies.

​- C'est une histoire qu'on raconte aux petites filles, Clara ! La vérité, c'est que l'amour, ce n'est pas une question de « gloire » ou de « timing » ! C'est une question de chance. Et cette chance, elle n'est pas tombée sur moi.

​Les larmes, celles qu'elle avait retenues pendant des années, montèrent enfin. Mais au lieu de pleurer, elle les transforma en fureur.

​- Je suis fatiguée d'être forte ! rugit-elle. Fatiguée de faire semblant d'être indifférente ! J'ai vingt-cinq ans, je rêve d'avoir des enfants, je rêve de préparer moi-même un stupide gâteau d'anniversaire pour mon mari, et je suis piégée ! Piégée par cet argent que Papa m'a laissé, piégée par mon nom, piégée par mon propre cœur de stupide romantique !

​Elle se laissa glisser dans le fauteuil, la tête rejetée en arrière, fixant le plafond comme si Dieu était responsable de son malheur. La posture était celle de l'épuisement total.

​- Dis-moi, Clara. Dis-moi pourquoi la seule chose que je n'ai pas les moyens d'acheter, c'est la sincérité d'un homme ?

​Clara la regarda, le cœur brisé. Elle savait que rien de ce qu'elle dirait ne pourrait apaiser cette tempête. Le désespoir de Germina était un mur infranchissable.

​- Je ne sais pas, ma belle, répondit Clara, la voix douce. Mais je sais une chose : si l'amour n'est pas venu te chercher, c'est peut-être à toi d'aller le chercher, différemment.

​Elle se leva, sachant que la discussion était terminée.

​- Maintenant, respire. J'ai un rendez-vous important. Un client mystère qui a passé la plus grosse commande de l'année pour une fondation caritative. C'est colossal.

​Germina cligna des yeux, sortant péniblement de sa détresse.

​- Une fondation caritative ? Elle fronça les sourcils. Pourquoi on m'a rien dit ?

​- Parce que tu étais occupée à te trouver un Thomas ou un Daniel pour la nuit, répondit Clara, un léger reproche dans la voix. La personne vient demain matin. Un homme, apparemment très sérieux et très discret. C'est une chance, Germina. Tu vas avoir besoin d'occuper ton esprit à autre chose que tes drames.

​Germina soupira. Une nouvelle commande. Encore du travail, le seul refuge qui ne l'avait jamais trahie.

​- Bien, dit-elle, se redressant lentement, le masque de la femme d'affaires reprenant sa place. Dis-lui qu'il est attendu. Je serai là.

​Nous avons maintenant Germina à son point le plus bas, mais forcée de se ressaisir pour le travail.

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