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Chapitre 3
No.3
Nombre de mots : 893    |    Mis à jour : 30/12/2021

Marcher, parlons-en ! Un soir, je viens à peine de terminer mon repas industriel sur ordonnance, ma sœur a quitté ma chambre, il y a peu. Je me dirige vers la salle de bain, enfin j’essaie, et contre toute attente, mes jambes se dérobent et semblent faites de coton. Je recommence, encore et encore, mais rien n’y fait. J’ai l’impression que le coton se transforme en véritable chewing-gum. Ne m’avouant pas vaincue, je réitère avec force, mais je m’écrase sur le sol tel un pantin désarticulé. Impossible de me relever malgré mes efforts surhumains. Je mords la poussière. Que faire ? Essayer d’attraper coûte que coûte la petite alarme providentielle en rampant, sauf que je suis loin d’être un serpent à sonnette. Quel cauchemar ! Je décuple mes forces en espérant qu’un providentiel Indiana Jones vienne me porter secours. Avec ce qu’il me reste de ténacité, dans un élan venu d’ailleurs, je parviens à atteindre le bouton-sauveur ! C’est drôle comme dans les moments tragiques, on se rend compte de la notion totalement aléatoire du temps qui passe.

Mon Sauveur arrive enfin, savant mélange d’Indiana Jones, d’Aladin et de Prince Charmant. Il me soulève dans ses bras pour me poser délicatement sur mon lit telle une Princesse sortie tout droit d’un conte de fées imaginaire. Mais point d’imaginaire pour moi, la réalité est bel et bien criante de vérité. Mes jambes ne répondent toujours pas. Qu’est-ce qui se passe encore ? Quel coup du sort s’abat à nouveau sur moi ?

Mon Prince que je trouve beaucoup moins charmant constate que non seulement mes jambes ne fonctionnent plus, mais que mes mains semblent atteintes aussi. Impossible de saisir le verre qu’il me tend ni les couverts restés sur mon plateau-repas. Je me sens totalement impuissante. Il me demande d’écrire mon prénom sur une feuille. J’ai l’impression d’être sur les bancs de Grande section dans les prémices de l’écriture.

L’infirmier qui a perdu toute son aura d’Aladin m’annonce qu’il faudra attendre le lendemain pour que l’équipe se penche sur mon cas. Sur ce, il tourne les talons et quitte mon radeau vacillant, prêt à sombrer dans les mouvances de l’angoisse et de la morosité morbide. Il me souhaite le bonsoir, une bonne nuit et s’envole sur son tapis d’impassibilité.

Une bonne nuit ? Il rigole ou quoi ? Comment pourrais-je passer une bonne nuit alors que cent mille questions se bousculent dans ma tête, que j’imagine le pire ? Je ne sais pas pourquoi, la nuit, mon cerveau carbure à cent à l’heure, grossit les choses comme une loupe pathétique et les évènements revêtent une tournure tragique décuplée.

Tout à coup, la porte s’ouvre. Mon oncologue appa

raît, l’expression sur son visage n’augure rien de bon. Je le connais par cœur, comme dans les vieux couples, il ne peut rien me cacher !

Il semblerait que je sois victime d’un effet secondaire rarissime d’un composant de la dernière chimio. Bien évidemment, c’est encore pour ma pomme ! Ce n’est pas possible d’être si peu chanceuse, d’attirer la poisse à ce point. Pour sûr, Maléfique est ma marraine et a jeté un sort à ma naissance.

Demain matin, le Docteur Ice, neurologue de renom, réalisera un électromyogramme pour établir un diagnostic, un pronostic et envisager un traitement

C’est quoi encore ce truc auquel je n’ai pas encore goûté dans la palette des examens médicaux les plus jouissifs ? Mon oncologue m’explique qu’il s’agit d’enfoncer de petites aiguilles dans les muscles des jambes, des bras et d’envoyer une petite impulsion électrique pour tester les réflexes. Super, me voilà dans le couloir de la mort ! Mon oncologue toujours apaisant lorsqu’il s’agit d’examens médicaux m’explique que ce n’est pas douloureux à proprement parler, mais plutôt surprenant, dérangeant. J’avoue tout de même être quelque peu méfiante ! Je commence à connaître la joie de ces examens de tout acabit. De toute façon, je n’ai pas vraiment le choix si je veux retrouver ma mobilité, ma dextérité, la vie… donc, à moi l’EMG du Docteur Ice !

Le lendemain, emmenée en fauteuil roulant par un fangio des couloirs inhospitaliers, je me rends chez le Docteur Ice. Je franchis la porte de son cabinet la boule au ventre. L’accueil est glacial, pas un mot, il semble occupé et je reste au milieu de la pièce sans pouvoir bouger. Je me rends compte de l’état de dépendance dans lequel je me trouve. Moi si éprise de liberté et d’indépendance, je me sens très mal. Mon trouillomètre va exploser. Pour me détendre un peu, je me dis que ce Docteur Ice porte vraiment bien son nom.

Enfin, il m’aperçoit. Sur la pointe des pieds, j’ose lui demander comment l’examen va se dérouler. Après mille explications techniques, je comprends que je vais me transformer en fakir sous impulsions électriques. J’avoue que cela ne m’enchante pas du tout.

Après une demi-heure d’acupuncture Engie de mon système nerveux périphérique, pour parler Français, au niveau de mes jambes et de mes bras, je sens monter en moi le réchauffement climatique et ce n’est pas la glace qui fond que je sens couler sur mes joues, mais bien mes larmes. La douleur est si intense que je me sens vaciller. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée solidaire pour les condamnés à mort américains sur leur chaise électrique. Fort heureusement, dans mon cas, l’issue ne sera pas fatale.

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