Raven n'a ni foyer stable, ni argent, ni avenir tracé. Pour survivre, elle monnaye son corps, fuit l'attachement et transforme le désir en protection. Mais derrière sa réputation sulfureuse se cache une jeune femme brisée par la pauvreté, la dépendance et la peur d'aimer. Lorsque des sentiments naissent là où elle ne les attendait pas, Raven comprend que l'amour peut coûter bien plus cher que l'argent... et qu'il est parfois le risque le plus dangereux à prendre.
Une main plongée sous le vieux pupitre en bois marqué de taches d'encre, j'essaie de dissimuler mon portable du mieux que je peux, tout en faisant défiler les profils les uns après les autres sans prêter grande attention aux descriptions qui succèdent les photos. Pour être honnête, je me contrefous de savoir que Warren s'adonne à la pêche pour se détendre, ou que Bradley détienne le record mondial du plus grand nombre de litres de bière engloutis en une minute.
Non, moi, ce qui m'intéresse, c'est de connaître leur motivation à me faire oublier l'enfer de mon existence le temps d'une nuit, et leur physique.
Point final.
Nouveau match, et comme pour les conversations précédentes, je n'y vais pas par quatre chemins.
Grâce à mon franc-parler, je parviens toujours à déceler ceux qui sont prêts à assumer une aventure d'un soir de ceux qui ne le sont pas. C'est très utile, puisque ça m'a permis notamment de flairer le côté trop sentimental du mec d'avant.
[OK. Chez toi ou chez moi ?] Je réponds du tac au tac.
Voici un autre de mes critères, qui est de loin le plus essentiel.
Jamais chez moi.
Je n'y suis déjà que très rarement, alors il est absolument exclu que j'y emmène mes conquêtes.
Comme si ça allait me freiner.
[Envoie-moi l'adresse. Je pourrai être là dans une heure.]
Je la reçois en un éclair et je n'ai pas le temps de pianoter un nouveau message que je me fais brutalement arracher le portable des mains. Mon regard qui, jusqu'à présent, était rivé vers le sol, s'ancre sur les prunelles furieuses encadrées de lunettes rondes, affreusement ringardes, de M. Porter.
– Mademoiselle Falls, maugrée-t-il. J'espère qu'on ne vous dérange pas? J'imagine que vous avez terminé votre exercice d'algèbre et que vous vous ennuyez, pour vous octroyer la liberté d'être sur votre téléphone.
Ses yeux se posent sur ma feuille, vide, puis sur l'écran de mon portable, et sans surprise, une expression excédée vient creuser son visage déjà profondément marqué par les rides.
– Quand on a votre niveau en mathématiques, on évite de se disperser.Rassurez-vous, vous aurez tout le loisir de planifier vos parties de jambes en l'air à la sortie des cours. Ce... Tinder peut bien attendre un peu.
Petits gloussements, jacasseries et commérages, tout se fond en un seul et effroyable éclat de rire qui résonne comme un écho entre les quatre murs de la salle de classe. En bref, la panoplie parfaite qui donnerait à n'importe qui l'envie d'aller se terrer dans un trou de souris. Mais ce n'est pas mon cas.
Ce n'est plus mon cas.
J'ai cessé d'avoir honte de ma libido exacerbée le jour où je me suis rendu compte que les garçons me désiraient et que les filles me jalousaient.
– Remarque, elle n'aura pas tellement besoin de maîtriser les chiffresquand elle travaillera au Cherry's.
Le Cherry's, c'est le club de strip-tease du coin, et la vipère qui vient de lancer cette remarque acide, c'est Darcie, la peste de notre très cher lycée, Shefford High School, et également la plus grosse hypocrite que la terre ait jamais portée. Exemple tout simple : pas plus tard que l'année dernière, elle et son petit ami si propre sur lui, Archie – même son nom sonne princier –, se sont fait surprendre dans les vestiaires. Mais comme ils sortent ensemble et qu'ils sont adulés par tout le monde, ce manque de pudeur leur a vite été pardonné.
Placée au premier rang, Darcie a le buste tourné vers moi et m'observe avec son air moqueur, tout comme le reste de la classe.
– Tu sais qui j'ai vu sur Tinder ? Archie, rétorqué-je avec la même âcreté.Alors tu vois, tu es peut-être plus douée que moi en matière de chiffres, mais contrairement à ce que tu veux nous faire croire, tu n'excelles pas dans tout.
Ses yeux ambrés, d'ordinaire vifs et perçants, pâlissent légèrement.
– C'est des conneries.
Elle tente de garder son assurance, mais je vois bien que j'ai semé le doute dans son esprit. À l'intérieur, je jubile.
– Un peu de tenue, je vous prie ! Nous sommes dans une salle de classe,pas sur le plateau d'une émission de télé-réalité. Vous réglerez vos différends plus tard. Quant à vous, mademoiselle Falls, je vous confisque ceci, fanfaronne M. Porter en agitant mon vieil iPhone tout rayé devant mon nez.
Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel. Confisquer les portables et coller des retenues semblent être les seules choses qui pimentent sa vie morose, et j'ai beau être quelqu'un de dévoué, je commence à en avoir sérieusement ma claque d'être la cible perpétuelle d'un frustré.
Dès que la sonnerie retentit, je m'achemine vers le bureau en traînant des pieds. M. Porter est assis et est absorbé par l'écran de son propre téléphone. En grande curieuse que je suis, je profite de ma position debout pour regarder discrètement ce qu'il fait et j'étouffe un rire étonné.
Finalement, j'ai mal jugé Darcie. Elle n'est pas la seule hypocrite de cet établissement de malheur.
– Si vous voulez mon avis, elle est un peu trop jeune pour vous, commenté-je, tandis que son doigt est toujours en suspens au-dessus du cœur vert.
Au son de ma voix, il fait un bond sur sa chaise et fourre son mobile dans la poche de son pantalon jaune moutarde deux fois trop large, avant de se racler la gorge.
– Ce n'est pas ce que vous croyez, je voulais simplement voir en quoiconsistait le but de cette application. Et je suis outré. Vraiment outré, Raven. Vous êtes mineure, vous pourriez tomber sur un tordu, me sermonne-t-il. En avez-vous au moins conscience ?
Et ça rendrait un grand service à tout le monde , m'abstiens-je de répondre.
– J'ai le goût du risque, ironisé-je en arborant mon sourire le plus facétieux. Vous devriez pourtant le savoir, depuis le temps que vous m'avez comme élève.
Il soupire et ouvre son tiroir pour en sortir mon téléphone, avant de me le tendre d'un geste désespéré, comme s'il venait d'abandonner là l'idée fugace de me remettre sur le droit chemin.
– Pouvons-nous compter sur la présence de votre mère à la rencontreparents-professeurs, cette fois-ci ?
– Elle est encore malade.
J'essaie de transformer ce mensonge en une vérité, mais le rictus qui déforme mes traits fait tomber à l'eau mes efforts. J'assume tout et avec même une certaine fierté. Ma vie débridée, ma réputation de croqueuse d'hommes, mes tenues provocantes, mon penchant trop prononcé pour le sucre et les cigarettes... mais ma situation familiale est l'unique aspect de ma vie que je souhaite taire.
– J'espère qu'elle guérira bientôt, dans ce cas, réplique M. Porter sanstrop croire à mon excuse.
Chapitre 1 Chapitre 1
17/12/2025
Chapitre 2 Chapitre 2
17/12/2025
Chapitre 3 Chapitre 3
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Chapitre 4 Chapitre 4
17/12/2025
Chapitre 5 Chapitre 5
17/12/2025
Chapitre 6 Chapitre 6
17/12/2025
Chapitre 7 Chapitre 7
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Chapitre 8 Chapitre 8
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Chapitre 9 Chapitre 9
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Chapitre 10 Chapitre 10
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Chapitre 11 Chapitre 11
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Chapitre 12 Chapitre 12
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Chapitre 13 Chapitre 13
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Chapitre 14 Chapitre 14
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Chapitre 15 Chapitre 15
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Chapitre 16 Chapitre 16
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Chapitre 17 Chapitre 17
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Chapitre 18 Chapitre 18
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Chapitre 19 Chapitre 19
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Chapitre 20 Chapitre 20
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Chapitre 21 Chapitre 21
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Chapitre 22 Chapitre 22
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Chapitre 23 Chapitre 23
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Chapitre 24 Chapitre 24
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Chapitre 25 Chapitre 25
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