« Qu'est-ce que tu veux, Lucas ? » dis-je, agacée. « Que tu me donnes une chance de m'expliquer. » « Il n'y a rien à m'expliquer, nous sommes- » « Dis "amis", je te défie. » J'ai ricané. « Nous ne sommes pas amis, Lucas. » « C'est vrai. Nous ne le sommes pas. » Heureux que tu penses la même chose. « Exactement, nous ne sommes pas amis, nous ne sommes rien l'un pour l'autre, donc tu ne me dois aucune explication. » « Nous ne sommes pas amis, je suis d'accord, mais si nous ne signifions rien l'un pour l'autre, pourquoi étais-tu jalouse aujourd'hui ? » Je ne suis pas surprise, car je sais que je l'ai rendu assez évident. « Et ne le nie pas, Chancelle, je t'ai vue. » ************** Chancelle Romilli avait un faible pour Lucas Moreau lorsqu'ils étaient à l'université. Ils ont eu une histoire à cette époque, mais les choses ont mal tourné. Huit ans plus tard, ils se retrouvent par hasard au mariage de la meilleure amie de Chancelle. C'est là que Lucas la force à l'épouser. Pour Lucas, c'est une pure vengeance, mais il a peur de retomber amoureux d'elle. Découvrons la suite dans l'histoire...
Un regard perdu dans le passé
Les premières gouttes de pluie s'écrasèrent sur le pavé en silence, comme si le ciel voulait accompagner la mélancolie qui envahissait Chancelle. Elle se tenait là, seule sur le balcon, regardant les nuages sombres recouvrir lentement l'horizon, sa main crispée autour du verre de vin qu'elle tenait. Le mariage de Léa avait été une réussite, une union parfaite, celle que tout le monde enviait. Et pourtant, quelque part au milieu de l'assemblée, Chancelle avait eu du mal à profiter de cette fête. Son esprit n'arrivait pas à se détacher d'un visage qu'elle avait cherché à oublier pendant huit longues années.
Lucas. Ce nom résonnait encore dans ses pensées, comme une mélodie familière mais douloureuse. Lorsqu'elle l'avait vu ce matin, là, dans ce costume impeccablement coupé, avec ce sourire glacé, il lui avait semblé qu'aucun des deux n'avait changé. Pourtant, tout avait changé. Leur histoire, si intense et tumultueuse, était désormais reléguée à une époque qu'elle n'osait plus revisiter. Pourtant, il n'avait pas cessé de hanter son esprit, même après toutes ces années. Leur rupture, la trahison qu'il avait infligée, tout cela semblait l'avoir marquée plus profondément qu'elle ne voulait l'admettre.
Chancelle reposa son verre sur la petite table en bois, ses yeux se fermant légèrement. Le vent froid de la fin d'après-midi la frappait doucement, mais c'était la chaleur du passé qu'elle ressentait le plus, celle de leur première rencontre, de la façon dont il avait su l'attirer dans son monde, sans jamais vraiment lui en donner une place définitive. Il avait été tout pour elle, ou du moins, elle l'avait cru. Mais aujourd'hui, il n'était plus qu'un étranger avec lequel elle partageait un passé brisé.
Les souvenirs d'eux deux ensemble étaient doux-amers. Ils s'étaient rencontrés à l'université, jeunes et insouciants, pensant que l'amour pouvait tout effacer. Il y avait eu des rires, des promenades tardives sous la pluie, des discussions sans fin sur l'avenir. Puis, au fur et à mesure que leurs carrières prenaient forme, que leurs rêves devenaient plus concrets, le fossé entre eux s'était élargi, inexorablement. Mais ce n'était pas cela qui avait détruit leur amour. Non, c'était la trahison, l'incompréhension, les silences lourds qui avaient suivi les révélations. Chancelle n'avait jamais vraiment su ce qui avait poussé Lucas à faire ce qu'il avait fait. Et aujourd'hui, elle n'en avait plus vraiment envie. Elle l'avait trop attendu, trop espéré.
Mais aujourd'hui, son cœur battait d'une manière différente. Elle avait été choquée, mais pas surprise, lorsqu'il était apparu dans le hall, ses yeux croisant les siens pour un instant avant qu'il n'arbore ce sourire froid, celui qu'il avait l'habitude de porter quand il se savait supérieur. Chancelle n'avait pas supporté cette attitude. Elle qui avait cherché à fuir cette relation toxique, à oublier tout ce qu'il représentait pour elle, avait vu en lui une menace à ses certitudes, une pierre jetée dans les eaux tranquilles de sa vie.
Elle inspira profondément, son regard se posant sur la pluie qui tombait à présent plus fort, comme un écho à ses pensées troublées. C'était étrange, ce qu'il avait fait. Pourquoi revenir maintenant, après tout ce temps ? Pourquoi la regarder avec cette lueur dans les yeux qu'elle connaissait trop bien ? Il n'avait pas changé. Pas du tout. Et pourtant, Chancelle n'avait pas pu s'empêcher de le regarder un peu plus longtemps, de l'observer pendant cette fraction de seconde où il s'était penché vers elle, l'invitant presque à un échange silencieux.
Elle secoua la tête, chassant ces pensées. Il n'était qu'un fantôme, une illusion du passé qui ne méritait pas d'emprise sur elle. Pourtant, elle savait que Lucas n'allait pas partir aussi facilement. Non, il reviendrait, comme il l'avait toujours fait, laissant derrière lui un sillage de confusion et de désir contrarié. Mais elle n'allait pas lui permettre de la replonger dans cette spirale infernale. Pas cette fois.
Elle tourna le dos à la fenêtre, prête à quitter ce moment de solitude pour retourner dans la salle de réception. Mais avant qu'elle n'atteigne la porte, elle entendit des pas dans le couloir. Puis la voix de Lucas, froide et assurée, se fit entendre derrière elle.
« Chancelle, il faut qu'on parle. »
La rencontre du passé
Chancelle hésita un instant, le souffle suspendu, comme si chaque fibre de son corps lui criait de tourner les talons et de fuir. Mais elle savait, au fond d'elle, qu'il n'aurait pas accepté de la laisser partir ainsi, sans confrontation. Il n'avait jamais aimé les silences non résolus, les non-dits. Il avait toujours cherché à imposer ses volontés, à dicter la conduite des autres, y compris celle de Chancelle. Cette fois, cependant, ce serait différent. Elle n'était plus la jeune femme fragile qu'il avait connue.
Elle se tourna lentement, ses yeux croisant les siens avec une détermination nouvelle. « On n'a rien à se dire, Lucas », dit-elle d'une voix calme, mais ferme, comme si elle cherchait à se convaincre elle-même de la véracité de ses paroles.
Lucas, lui, ne semblait pas prêt à l'entendre. Ses yeux scrutèrent son visage, comme s'il cherchait quelque chose, une faille, une ouverture. Il avait ce regard incisif qu'elle détestait. Celui qui savait détruire sans pitié, qui savait aussi séduire avec une facilité déconcertante. Mais il ne la toucherait pas cette fois. Elle n'était plus la même.
« Je vois que tu es toujours aussi têtue », répondit-il, une pointe de défi dans la voix. « Mais il y a des choses qu'il faut qu'on éclaircisse. »
Chancelle croisa les bras sur sa poitrine, défiant le froid qui lui mordait la peau. Il n'avait pas le droit de revenir dans sa vie comme ça, sans explication, sans justification. Pas après tout ce qu'il lui avait fait. Elle se souvenait de ce soir-là, la dernière fois qu'ils s'étaient vus. La douleur de sa trahison, la trahison de l'homme en qui elle avait mis toute sa confiance. Comment pouvait-il croire qu'ils pouvaient simplement reprendre le fil de leur histoire ?
Elle fit un pas en avant, brisant le silence pesant qui s'était installé entre eux. « Pourquoi maintenant, Lucas ? Pourquoi revenir ici, après toutes ces années ? » Ses mots étaient chargés de colère, mais aussi de désespoir. Elle ne comprenait pas. Elle ne voulait pas comprendre.
Lucas soupira, se passant une main dans les cheveux. Il avait l'air plus fatigué qu'il ne l'avait jamais été, les traits de son visage marqués par le poids des années. « Parce que je n'ai jamais cessé de penser à toi, Chancelle. Parce que, même après tout ce temps, je regrette ce qui s'est passé entre nous. » Il marqua une pause, ses yeux plongeant dans les siens avec une intensité qu'elle n'avait pas vue depuis des années. « Parce que je suis prêt à tout pour réparer ce que j'ai brisé. »
Ses mots la frappèrent de plein fouet, mais elle refusa de se laisser émouvoir. C'était trop facile, trop convenu. Il savait exactement quoi dire pour la toucher, pour raviver cette étincelle qui avait un jour brûlé en elle. Mais cette flamme était éteinte. Il avait soufflé dessus jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien.
« Réparer ? » répéta-t-elle avec un sourire amer. « Tu ne peux pas réparer ce qui est irréparable, Lucas. » Elle secoua la tête. « Tu m'as trahie, tu m'as laissée sans rien, sans aucune explication. Et maintenant tu veux tout effacer ? »
Elle tourna les talons, prête à s'éloigner, mais sa voix l'arrêta net.
« Je sais que tu m'en veux, mais ce n'est pas tout. Il y a des choses que tu ne sais pas, des choses que j'ai gardées pour moi. »
Elle se retourna lentement, le cœur battant un peu plus fort à chaque seconde. Elle ne savait pas si elle devait s'approcher ou s'éloigner, mais la curiosité l'emporta. Elle voulait savoir. Tout savoir.
« Quoi ? » lança-t-elle, sa voix trahissant une nervosité qu'elle avait du mal à dissimuler.
Lucas fit quelques pas vers elle, son regard plus intense que jamais. Il semblait sur le point de dire quelque chose d'important, quelque chose qui pourrait tout changer. « Ce que je vais te dire maintenant... ça pourrait tout bouleverser. Mais il faut que tu comprennes, Chancelle, que je n'ai jamais voulu te faire de mal. »
Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle, l'air plus grave que jamais. « Tu veux savoir pourquoi je t'ai laissée partir ? Parce que je n'étais pas prêt à te dire la vérité, parce que je ne pouvais pas affronter ce secret. » Il prit une grande inspiration avant de continuer. « Ce secret, c'est que je t'ai protégée, Chancelle. Je t'ai éloignée de quelque chose de bien pire. »
Le silence qui suivit ces mots était lourd de sens. Chancelle, les yeux grands ouverts, attendait qu'il continue, que son discours prenne un tournant qu'elle n'aurait jamais imaginé.
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