Orphée d'amour est une histoire qui présente deux mondes différents: l'un modeste et l'autre riche. Entre ceux deux réalités qui s'opposent, le destine jouera sa partition en croissant deux innocents jeunes qui tomberont farouchement amoureux. Comme un déclic, des circonstances aussi lourdes et terrifiantes naßtront. Entre l'amour, la haine, la jalousie, le doute et la trahison, le triomphe du destin sera sans discussion.
La lave de sueur coulait tout au long de ces jeunes corps. Corps d'une grande souplesse qui rĂ©pondait Ă l'ivresse de la vingtiĂšme annĂ©e Ă peu prĂšs. Sur les tĂȘtes emballĂ©es d'un foulard cendre, Ă©tait posĂ©e une montagne de bois de chauffe. Des bras gardant la margelle de la bassine et les autres vacillant dans tous les sens selon l'ambiance de la conservation qui s'animait entre Azoumi, ArikĂš et Abba, trois jeunes filles en mode africaine portaient sur leurs tĂȘtes des bois de chauffe pour la ville oĂč elles faisaient leurs commences de bois.
En dĂ©pit du lourd poids qui tordait leurs cous, elles se rĂ©jouissaient dans leurs Ă©clats de rire comme ceux des nuits nuptiales. On ne savait pas exactement sur quoi elles papotaient depuis leur dĂ©part dĂšs l'aube de la campagne pour la ville. Elles trouvaient quand mĂȘme quelques choses pour ne pas taire leur bouche de jeune fille. Mais en tout pour tout, Azoumi Ă©tait celle qui parlait le moins. Elle se constatait juste Ă sourire quand il le faut et Ă parler quand il le fallait. Mignonne jusqu'Ă la derniĂšre partie de son atomique, Azoumi est une fille de teint claire, ayant des yeux marrons qui reflĂštent comme l'Ă©claire d'une Ă©toile. Poitrine ceinte par un pagne, le regard du monde pouvait se poser dĂ©libĂ©rĂ©ment sur ce ventre plat ayant un creux pour l'ombrine. Ă sa hanche, des perles brillantes claquaient au rythme de sa dĂ©marche ensorcelante. Un mĂȘme pagne de mĂȘme nature ceint Ă la poitrine, enveloppait ces cuisses sans doute douces comme un velours. Ce pagne s'arrĂȘte tout juste au-dessus des genoux qui dĂ©tenaient toujours la marque de l'Afrique. Elle Ă©tait en rĂ©alitĂ© la grande marque de L'Afrique. ArikĂš et Abba avaient les mĂȘmes ressources corporelles qui influençaient le monde masculin. Elles Ă©taient aussi mignonnes comme leur camarade. Aujourd'hui Ă©tait le jour du marchĂ© de la grande ville. Il fallait qu'elles y se rendent pour la vente de leur bois et faire les achats. AprĂšs deux heures d'une marche farouche et animĂ©e dans un commĂ©rage rituel, elles atteignent le marchĂ©, lasses par la longue distance. Une fois-lĂ , deux femmes viennent pour dĂ©charger les filles. Azoumi n'ayant pas eu d'aide pour dĂ©charger sa marchandise, restait debout, espĂ©rant que la dĂ©charge des autres finisse afin qu'elle ait satisfaction. Pendant que les autres se tordaient Ă dĂ©poser leur charge, Azoumi vit subitement dans le champ de sa vision un jeune homme qui avait ses mains levĂ©es vers la bassine. Azoumi avait compris l'intention du jeune homme et se dĂ©cide de se laisser aider. Le jeune le fit tout en criant :
- Mes ancĂȘtres, bon Dieu, tu veux te tuer avec ta charge ?
Le jeune déposa avec peine la bassine tout en criant la grande lourdeur de la charge. Azoumi laissa son joli sourire qu'elle avait suite aux mots du jeune homme. En voulant retirer sa main, le doigt de ce dernier heurta un fagot qui laissa dans la peau une épine comme cadeau. Cela lui fit pousser un cri de douleur.
- AĂŻ il m'a eu ton bois.
- HĂŽ doucement. Attends je vais t'aider Ă l'enlever disait tendrement Azoumi avec sa douce et belle voix.
Elle retire l'Ă©pine du doigt du jeune homme tout en essayant le sang qui Ă©manait de la blessure.
- VoilĂ c'est bon maintenant acheva Azoumi.
- Mais veux-tu tordre ton cou ? Ne rend pas célibataire un homme qui devrait en réalité croiser ton destin afin qu'il soit heureux.
- Merci pour l'aide dit timidement Azoumi tout en feignant ne point entendre les derniĂšres kyrielles du jeune homme.
- Je t'en prie.
- Perrrrrccccéééééé bon de Dieu tu n'as pas encore fini ton fantasme ? Je veux rentrer cria une voix de l'autre cÎté.
- J'arrive maman. Il faut que j'aille et gare Ă toi si un jour, je te vois te tuer avec ta charge. Ă bientĂŽt.
- Au revoir dit Azoumi toute souriante.
Le jeune homme partit rejoindre sa mĂšre qui s'empressait de partir. Azoumi avait ce don de sourire angĂ©lique qu'elle expose sans rĂ©pit Ă chaque fois mĂȘme dans les situations les plus acerbes. Elle retourne son foulard et croise ses mains sur sa poitrine. Elle se rappelle de ses amies qu'elle avait laissĂ©es il y a quelque temps rien pour cause que son esprit Ă©tait emportĂ© par la prĂ©sence du jeune homme. Quand ses yeux croisaient le regard moqueur de ses amies, elle cria :
- Quoi ?
- Tu as fini de marivauder avec ton prince charmant ? Demanda malicieusement Abba.
- J'espĂšre que tu es devenu folle et que tu radotes ? Demanda Azoumi
- Et pourtant cela n'atteint pas Ă la naissance des Ă©cumes de colĂšre dit ArikĂš.
Ses amies s'Ă©clataient dans un fou rire qui fait aussi rire Azoumi. Le trio s'Ă©tait connu depuis l'enfant, jouant dans le sable jusqu'au seuil de la vivifiante jeunesse de leur vie. Elles partageaient leur quotidien ensemble et l'on avait l'habitude de les appeler des jumelles au village. Aujourd'hui Ă©tant le jour marchĂ© et comme d'habitude, elles savaient qu'un devoir les appelait, elles ne se furent pas priĂ©es deux fois pour qu'elles prennent le chemin de la ville. En moins de deux heures, elles rĂ©ussirent Ă ventre leur marchandise Ă bon prit et s'engouffrent au cĆur du marchĂ© pour les achats. Elles passĂšrent toute une demie journĂ©e Ă se promener ici et lĂ , exposant les yeux sur toutes les Ă©tagĂšres avec la plus grande envie de ramasser tout ce qui brillait. La femme est un ĂȘtre trĂšs sensible Ă la beautĂ©, elle s'en difficilement indemne quand ses yeux se posent sur toute chose qui amplifiera sa clartĂ©. AprĂšs ĂȘtre amusĂ©s comme toujours, elles reprirent le chemin du retour dans un dĂ©bat ayant pour titre : Azoumi et le prince charmant. ArikĂš et Abbase moquait de Azoumi sous tous les angles possibles afin de l'influencer. Ayant une bonne sĂ©rĂ©nitĂ© en son sein et son sourire qui laisse difficilement entrevoir la sauveur humeur, Azoumi s'entremĂȘlait dans les commĂ©rages de ses copines. Une fois Ă la maison, chacune d'elle s'en allait dans sa maison. Azoumi alla et courut pour s'agenouiller auprĂšs de son pĂšre qui s'Ă©tait affalĂ© dans son fauteuil fait en bambou.
- Bonsoir pĂšre.
- Tu es bien revenue du marché ?
- Oui pĂšre.
Azoumi se lĂšve et va chez sa mĂšre en faisant les mĂȘmes actions. Toute jeune fille en ce village honorait ses parents comme des dieux. Bref la tradition connaissait et battait son plein en cette pĂ©riode du vingt-uniĂšme siĂšcle. AprĂšs avoir exposĂ© l'achat qu'elle avait fait, elle remit la somme restant Ă sa mĂšre. Celle-ci attache solidement la somme au bout de son pagne. Azoumi alla prendre son bain dans une douche faite en terre cuite de l'autre cĂŽtĂ© de la maison. Elle revient fraĂźche et se lance dans le mĂ©nage. C'est en ces actions monotones que se rĂ©sumait la vie de Azoumi pendant les vacances. AprĂšs le dĂźner, elle sortait comme toutes les filles de son Ăąge Ă profiter de la belle clartĂ© de la lune Ă la grande place publique du village. Pendant ces moments de dĂ©tente, toutes les filles dĂ©voilaient leur talent en danse. Et quand le tambour vrombissait sous les doigts sculptĂ©s du batteur, elles laissent au rythme du son la candeur de leurs corps influencĂ©s par le sang de la jeunesse. LĂ , elles s'envolaient loin de la rĂ©alitĂ© de la vie, elles partaient ainsi au fin fond de la vie traditionnelle exprimer leur rĂ©jouissance d'appartenir des archives qui dĂ©tiennent les reliques d'un passĂ© lointain. Et ce soir, diffĂ©rents des autres soirs, Azoumi dansa comme elle ne l'avait jamais fait, son corps Ă©trillait avec douceur contre le doux vent et le sable fin. Quand le tambour s'arrĂȘta subitement Ă un grand geste de Azoumi qui s'agenouilla simultanĂ©ment, des torrents d'applaudissement retentissaient l'Ă©cho. Azoumi sortit du cercle de danse avec des pleurs abondants tout en courant vers un arbre et s'assit. ArikĂš et Abba la rejoignent ahuris par son comportement alors qu'elle venait de battre le record de la danse de ce soir. Les pleurs de Azoumi Ă©taient-elle des pleurs de joie ? On ne saurait le dire.
- Azoumi pourquoi pleures-tu demanda ArikĂš.
- Tu as merveilleusement bien dansé ce soir. Pourquoi ces lamentations alors demanda aussi Abba.
- Mes sĆurs, il est des vĂ©ritĂ©s qu'on ne peut comprendre que si l'on n'est point victime de ces vĂ©ritĂ©s.
- Nous sommes lĂ pour compatir Ă ta douleur dit ArikĂš en la prenant dans ses bras.
- Je ne minimise pas vos diffĂ©rentes aides que vous ne cessez de m'apporter chĂšres sĆurs. Mais en ce moment prĂ©cis, je courbe ma nuque et subitement cette peine qui m'assaille car mon destin me montre un chemin Ă suivre et les rĂ©alitĂ©s de la tradition me montrent un autre. Rien n'est de pire embarrassant que l'opĂ©ration d'un choix entre deux propositions qui marquent et marqueront soit nĂ©gativement soit positivement notre vie. Ainsi, un mauvais choix qu'on ne devrait pas faire nous rendra vulnĂ©rables pour toujours. Mais le bon nous donnera un large sourire plein de bonheur et d'extase qu'on ne regrettera pas.
- Pourquoi es-tu Ă©nigmatique Azoumi demanda perplexe ArikĂš.
- Je le suis parce que ce qui se passe au fin fond de moi est Ă©nigmatique. Je ne sais plus oĂč j'en suis. Excusez-moi les filles, je veux ĂȘtre seule.
Azoumi se lÚve et part dans un silence pathétique, les mains croisées à sa poitrine jusqu'à une montagne sur laquelle elle se laisse choir. Elle sirota le délectable silence de la nuit et de son vent merveilleux. Azoumi soupire et se sentit vivre, vivre sans la montre peine qui viendra neutraliser ce bonheur que lui offrait le cosmos. Elle laisse ses pensées au génie du vent invisible qui ondoyait son esprit. Au zénith de sa détente, elle ne voyait que le bonheur lui sourire et l'amadouait. Là , outre les situations malveillantes qui l'entourent, elle était libre.
De l'autre cĂŽtĂ© de la ville, PercĂ© venait de se jette au lit. AprĂšs avoir passĂ© comme toujours un bon moment avec sa famille, il alla s'enfermer dans sa chambre. Il avait l'habitude de se jeter sur les documents pour acquĂ©rir de nouvelles connaissances mais hĂ©las, cette fois-ci, il trouva confortable le lit que les documents. Un retour dans un passĂ© rĂ©cent, dans ce passĂ© oĂč pour la premiĂšre fois, il avait vu une crĂ©ature du sempiternel avec toutes les merveilles emblĂ©matiques qui composaient son essence. Il revit la douceur des mains de cette dĂ©esse qui cajolait la sienne. Et le visage envoĂ»tant l'apparut dans un firmament Ă©toilant. Le beau sourire qui Ă©tanchait les peines des hommes, lui s'offrait dans son imagination et fantasme. Il soupire et lança en fin de compte :
- Bon Dieu, qui est-elle ?
PercĂ© ne put rĂ©pondre Ă cette question et se contentait de vivre pour l'instant les fruits de son imagination qui lui offrait en film les Ă©vĂ©nements rĂ©cents dont il a Ă©tĂ© acteur. Il s'Ă©vadait dans les dĂ©lices de l'imagination qui permettait de rĂȘver comme l'on veut. Pendant que les pensĂ©es imaginaires fulminaient son Ăąme, de l'autre les pensĂ©es taraudaient une fille.
Azoumi venait de franchir le seuil de la clÎture de sa maison. Quand on parle de clÎture, il n'y a rien de semblable comme les clÎtures modernes. Cette clÎture était faite de maisons construite en telle sorte qu'elles y laissent un passage pour l'entrée dans la concession. De loin, Azoumi pouvait voir la lueur des lampes à pétrole qui éclaireraient les visages de certaines personnes en dehors de ses parents. Elle s'approche et pouvait entendre les murmures :
- Nous souhaitons que tout se passe dans la paix dit une voix.
- Je n'en disconviens pas car il faut cela mĂȘme pour ma fille. L'Ăąge avance et il faut prĂ©voir un avenir meilleur disait le pĂšre de Azoumi.
- Je demande votre clĂ©mence chers hommes, vous qui gardez la saveur de nos us durant des annĂ©es, j'implore votre sagesse Ă avoir l'avis de ma fille avant toute dĂ©cision disait la mĂšre de Azoumi en baisant la tĂȘte.
- Femme avez-vous oublié que l'avis des jeunes gens ne rime pas avec les décisions de nos coutumes ? D'ailleurs on ne négocie pas avec la tradition. Soit c'est elle soit c'est autre chose disait un vieux barbu.
- Dans moins de deux lunes, la famille fera les premiÚres grùces. Préparez-vous à les recevoir avec cordialité. Et essai de conseiller les pensées de ta femme Mouttou car elle commence par perdre le nord des traditions.
L'assemblĂ©e se dissout Ă ces propos qui ont vexĂ© l'Ăąme de Azoumi, malingre au verdict qui vient d'ĂȘtre tranchĂ©, elle n'avait que ses pelures pour compatir Ă sa douleur. Les paroles qu'elle venait de ouĂŻ sont le piment de sa vie. Elle court et s'engouffra dans sa chambre oĂč elle suffoqua d'amertume. Que faire face aux jugements de la tradition. L'obĂ©issance Ă ses normes est bĂ©nĂ©diction, bonheur, paix, tout de bon. Mais Azoumi ne se voyait pas encore apte Ă rĂ©pondre de cette mission d'Ă©gĂ©rie que veulent l'imposer cette assemblĂ©e. D'ailleurs aucun coin de son cĆur n'avait pas encore Ă©tĂ© Ă©clairĂ© par l'aube des sentiments. Elle avait lu cette Ă©crivaine sĂ©nĂ©galaise du nom Ă©vocateur de Mariama BĂą qui disait que le mariage n'est point une contrainte mais un choix que chaque conjoint fait... Dehors, la concession Ă©tait plongĂ©e dans un mutisme de l'obscuritĂ©. Sur la natte, la mĂšre de Azoumi Ă©tait assise, la main Ă la tempe telle une jeune veuve.
- Appelle-moi ta fille ordonna Mouttou Ă sa femme.
La mÚre de Azoumi obéit sans se faire prier deux fois. Ici, quel qu'en soit le consentement d'une femme, elle est appelée à l'obédience aux normes de son mari. C'est dans cette obéissance qu'elle alla retrouver sa fille qui, ayant entendu les pas de sa mÚre, s'était vite essuyée le visage pour échapper au questionnaire de sa génitrice. Cette derniÚre lui fit part que son pÚre souhaitait lui parler. Elle s'empressa d'y aller et se mit à genoux en face de son pÚre en disant :
- PÚre vous m'avez demandée.
- Oui ma fille. La colonie d'homme qui vient de quitter notre demeure est venue de la part du roi.
- Mais pÚre sous votre indulgence, ma curiosité n'a pas soif de leur arrivée.
- Je le sais ma fille mais nĂ©anmoins, elle devrait ĂȘtre assoiffĂ©e car leur arrivĂ©e te concerne. C'est justement pour cela que je t'appelle. Ils sont venus de la part du roi. Au fait, le prince a jetĂ© son dĂ©volu sur ton charme et il demande ta main. Dans moins de deux mois, les procĂ©dures commenceront. C'est un honneur pour moi qu'un prince dĂ©cide d'apporter une attention particuliĂšre Ă ma progĂ©niture. VoilĂ ce que je voulais te faire part.
- PÚre votre clémence peut-elle m'offrit ses fruits de sagesse à ma bouche ?
- Elle t'Ă©coute ma fille.
- Les normes nous enseignent que l'obédience à la tradition est tout le bonheur de l'univers. Mais ne serait-ce pas une honte que la cour royale décide de jeter son dévolu sur une pauvre fille comme moi ?
- Le monde Ă©volue ma fille et l'homme est convenu de mouvoir Ă son rythme.
- Ce changement du monde n'a-t-il pas pour ambition de donner le choix aux filles dans les grandes décisions comme celle qui fait écho sur moi ?
- Pour l'instant, les réformes n'ont point atteint ce seuil. Sois sûre ma fille que nous ne pouvons faire autrement.
- Mon Ăąme peine Ă vivre pĂšre. Je suis libre comme le vent mais je suis la plus grande esclave de l'univers. PĂšre pourquoi moi ? Il y a tant de fille plus Belle que moi. Je ne suis pas digne du trĂŽne, je suis loin de porter le joug que vous ĂȘtes sur le point de me faire porter disait Azoumi en allant dans sa chambre avec les pleurs.
Sa nuit fut le deuil du silence. Les yeux grandement ouverts dans un vide, le sommeil ne vint point. Elle broyait le noir et les larmes en une riviĂšre, coulaient sans relĂąche. Elle dĂ©verse ses peines ayant pour Ă©manation cette dĂ©cision dĂ©lirante qui emprisonne sa jeunesse et la viole prĂ©cocement. Non ! Azoumi se voyait loin de cette campagne, elle se voyait elle, mĂ»rie d'idĂ©e pensante, gouverner sa vie sans dĂ©boires. Mais le sort en a dĂ©cidĂ© autrement. La hardiesse l'avait enivrĂ©e de fuir cette campagne afin d'Ă©chapper Ă la sentence du prince. Mais fuir sera synonyme de l'arrĂȘt de mort de ses parents. Ces parents Ă©taient la seule famille qui lui restait. Elle n'Ă©tait donc pas prĂȘte Ă mettre la guillotine Ă leur cour. Que faire alors ? Se soumettre Ă la volontĂ© du prince en dĂ©pit de son cĆur aride de sentiment ? Autant de questions fulminaient l'Ăąme de Azoumi.
Le soleil venait de lever. Il brandissait ses Ă©clairs sur la terre gouvernĂ©e par les hommes. Ce matin, PercĂ©e venait de se lever dans une mauvaise humeur comme s'il avait connu l'amertume d'une nuit comme celle de Azoumi. Il alla rejoindre sa famille Ă table pour voir si cette humeur pouvait se dissiper d'elle-mĂȘme. Mais ce fut peine perdu et vaine entreprise car, au lieu d'apaisement, elle connaissait une croissance incommensurable. Tous les regards qu'il connaissait depuis son tendre enfance lui sont Ă©trangers et lui sont trĂšs dĂ©plaisants. Il essayait de se contrĂŽler mais il ne put garder son sang-froid aprĂšs avoir ouĂŻ les paroles habilement considĂ©rĂ©es comme blagues de sa sĆur Rabi qui avait dit :
- Mais l'homme mythologique ne veut-il pas avaler quelques choses ce matin.
- Toi aussi fille mythologique cria Percé.
- Hooo mais ce n'est pas la troisiÚme guerre mondiale lança Diane.
- Personne ne t'a sonnée fille délirante.
- Mais à quoi tu joues aujourd'hui. Tu te crois dans une mythologie ici ? Demanda avec un ton sévÚre Corine.
- Non je me crois dans un conte de fĂ©e oĂč tu pavanes ici et lĂ comme si c'est toi la crĂ©atrice de l'univers.
- Mais PercĂ© pourquoi parles-tu ainsi Ă tes sĆurs ?
- Mais maman...
- Point de mais qui existe Percé. Tu dois présenter des...
- N'y compte mĂȘme pas maman. D'ailleurs je ne sais pas ce qui me retient encore dans cette maison.
- Percé reviens ici immédiatement cria sa mÚre.
- Laisse le y aller. On ne se réveille pas toujours sur un bon pied dit avec sagesse le fondé de la famille.
PercĂ© partit tout en claquant la porte derniĂšre avec une immense colĂšre. La famille resta Ă©bahie Ă la rĂ©action de PercĂ©. Cette mauvaise humeur Ă©tait de trop aujourd'hui et ils ne comprenaient pas d'oĂč elle Ă©manait. PercĂ© s'engouffra dans sa voiture et dĂ©marra en trombe. En effet, PercĂ© Ă©tait le benjamin de la famille. Il Ă©tait le seul garçon de la famille. Depuis la naissance successive des trois filles, il Ă©tait celui qui avait enfin plus donnĂ© le sourire Ă ses gĂ©niteurs. La famille Ă©tait riche, immensĂ©ment riche si bien qu'il ne manquait de rien. Corine Ă©tait la plus ĂągĂ©e des filles et s'en suit Diane puis Rabi. Elles se dĂ©passaient chacune de trois ans. Corine embrassait ses vingt-sept ans et se baignait dans ses fiançailles, Diane avait vingt-quatre et Rabi en avait vingt-un. Ce fut alors le tour de PercĂ© que le couple avait dĂ©cidĂ© d'aller au galop pour tenter d'avoir un garçon qu'ils ont tant cherchĂ©. PercĂ© avait ses dix-neuf ans et Ă©tait dĂ©jĂ en deuxiĂšme annĂ©e d'Ă©tude en administration. Tellement intelligent, il n'avait jamais connu d'Ă©chec durant tout son cursus scolaire. Il brillait tel un gĂ©nie si bien qu'on le faisait sauter de classe. Dans la famille, la place qu'occupait PercĂ© Ă©tait importante. Ce matin, aprĂšs avoir quittĂ© son domicile, il alla se rĂ©fugier dans son Ă©cole. Cette derniĂšre le consolait apparemment.
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