Le lien qui nous déchire
“On raconte que les Runes du Destin ne se trompent jamais. Que lorsqu'elles marquent deux âmes, c'est pour l'éternité. Que la Lune, dans sa sagesse millénaire, ne choisit jamais au hasard. Ces croyances, Aria les a murmurées dans le silence de ses nuits, comme des prières qu'elle n'a jamais su croire tout à fait. Et pourtant, depuis l'enfance, un nom brûle dans sa chair. Un regard d'or hante ses songes. Une présence qu'elle ne connaît pas encore lui lacère le cœur à chaque battement. Elle l'a toujours su. Quelque part dans ce monde, il existait. Lui. Celui que la Lune lui avait promis. Celui dont le toucher devait la libérer... ou la briser. Mais la Lune n'a pas de pitié. Pas pour les loups nés dans les Brumes. Pas pour Aria. La Cérémonie des Liens avait lieu à la lisière des territoires sacrés, là où les étoiles se penchent pour observer les mortels. C'était un soir de pleine lune, et dans le silence solennel, les meutes se rassemblaient, toutes hiérarchies abolies sous la bénédiction céleste. Aria s'y tenait droite, le souffle court, le cœur en tumulte. Et puis... elle le vit. Kieran. Le fils du Soleil. L'héritier du feu et de la lumière. Son âme hurla à sa vue. Son corps frissonna sous la brûlure invisible. La marque apparut sur sa peau – lente, douloureuse, incandescente. Mais lui... Il ne bougea pas. Il ne sentit rien. Il regardait une autre. Une louve à la beauté tranchante, auréolée d'honneur et de gloire. Selene. Et sur leur peau à eux deux, une marque double, rare et éclatante. Un miracle, disaient les anciens. Un lien au-dessus du destin. Aria sentit ses entrailles se tordre. Le monde vacilla. Car si le lien ne ment jamais... pourquoi souffrait-elle autant ? Pourquoi la Lune l'avait-elle unie à un loup qui ne la reconnaissait pas ? Depuis ce soir, chaque fois que Kieran posait les lèvres sur Selene, la douleur revenait. Froide. Viscérale. Vivante. La marque du lien ne se brise que dans la mort. Et Aria, elle, n'était pas encore prête à mourir. Mais elle savait que quelque chose en elle... était déjà en train de se briser.”