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Elle n'était pas censée fuir son propre bonheur. Éléa Vernier a seize ans quand elle découvre, en une seule soirée, la vérité que sa meute lui cachait : derrière les cérémonies somptueuses réservées aux filles de Souverains se cache un rituel barbare - le marquage public, où le Fil d'Âme s'accomplit devant une assemblée entière, sans échappatoire, sans pudeur, sans choix. Elle regarde sa propre sœur, Lyanne, se faire revendiquer sous les acclamations d'une foule. Et elle comprend qu'elle n'attendra jamais son tour. Cette nuit-là, elle disparaît. Pendant deux ans, elle survit sous un faux nom, sert des tables dans une ville d'humains, dort peu, fait confiance à personne, et fuit chaque fois que l'odeur d'un Souverain approche. Ce qu'elle ignore, c'est que son geste a déjà changé quelque chose de plus grand qu'elle : partout, des louves de haut rang commencent à fuir à leur tour. Éléa Vernier est devenue une légende sans même le savoir - celle qui a osé dire non. Puis Corvin la retrouve. Souverain respecté, hanté par la mort de sa propre sœur - suicidée après avoir subi le même rituel qu'il refuse désormais d'imposer à quiconque - il aurait pu la revendiquer devant tous, comme le veut la tradition. Il choisit de la marquer en privé, loin des regards, lui laissant l'unique chose que personne ne lui avait jamais offerte : le choix. Ce qu'Éléa croyait impossible se produit alors - la confiance, l'évidence, l'amour sans peur. Mais un lien choisi librement dérange. Dans les meutes voisines, sa sœur Lyanne et son compagnon Darian portent encore les cicatrices d'une union imposée. D'autres louves, comme la Seconde Mérel, se reconstruisent lentement d'un marquage qu'elles n'ont jamais désiré. Et à mesure que l'histoire d'Éléa se répand, les Souverains les plus conservateurs - menés par le redoutable Bastien - y voient une menace à abattre avant qu'elle ne renverse leurs traditions. Éléa n'est plus seulement une fugitive. Elle est devenue un symbole. Ralliant sa famille, d'anciens alliés, des guerrières sans meute et des louves échappées comme elle, elle et Corvin construisent lentement une coalition - pendant que la guerre, elle, devient inévitable. Entre attaques frontalières, trahisons internes, sanctuaires improvisés pour les fugitives et un Conseil des Souverains prêt à tout pour la faire plier, Éléa devra choisir : Se taire et se protéger Ou devenir, envers et contre tous, celle par qui la loi change enfin. Car parfois, la fille qu'on croyait en fuite est celle qui, un jour, ramène tout le monde à la maison.
Au lever du jour, je n'ai pas perdu une seconde. À peine sortie de ma chambre, j'ai couru jusqu'à celle de Lyanne avant de me jeter sur son lit.
- Allez, debout, grande dormeuse ! C'est le grand jour !
Aujourd'hui, ma sœur fête ses dix-huit ans.
Parce qu'elle est la fille de notre Souverain, son anniversaire est attendu par toute la région. Des Souverains venus de toutes les meutes situées dans un rayon de cent soixante kilomètres sont invités à la célébration. Tous espèrent découvrir si le Fil de l'Aube les unit à elle.
Lyanne enfouit son visage sous un coussin.
- Éléa... laisse-moi dormir encore un peu...
Sa voix était fatiguée.
- Je suis restée éveillée une bonne partie de la nuit en espérant ressentir la présence de mon Fil d'Aube. Rien... Je sais seulement qu'il n'appartient pas à notre meute.
Je lui retirai le coussin avec un sourire.
- C'est plutôt une bonne nouvelle ! Ça veut sûrement dire qu'il vient d'une autre meute... Peut-être même qu'il est Souverain ! Tu imagines ? Moi, j'ai tellement hâte de vivre ça aussi !
J'avais deux ans de moins qu'elle. C'était la première fois que j'allais assister à une cérémonie aussi prestigieuse. Jusqu'ici, je n'en connaissais les détails qu'à travers les conversations discrètes des Gardiens et les préparatifs interminables de notre mère.
Depuis près d'un an, elle organisait cette soirée avec un soin presque obsessionnel. Les décorations, la salle de réception, la piste de danse, le banquet... tout avait été pensé dans les moindres détails. Depuis deux semaines, la maison entière était transformée en ruche, et durant les quarante-huit dernières heures, le domaine ne connaissait plus une minute de calme.
La porte s'ouvrit doucement.
Notre mère entra dans la chambre avec une expression inhabituelle.
- Éléa, laisse-nous un moment, dit-elle avec douceur. J'ai besoin de parler à ta sœur. Descends prendre ton petit-déjeuner et demande aux Gardiens de nous monter un plateau.
Je croisai le regard de Lyanne.
- La fameuse discussion..., soufflai-je à voix basse.
Elle esquissa un sourire fatigué.
- Oui, maman.
Je déposai un baiser sur la joue de notre mère avant de sortir. En me serrant contre elle, je remarquai que son visage trahissait une inquiétude étrange. Après une année entière passée à préparer cette journée, elle aurait dû rayonner de bonheur. Pourtant, quelque chose semblait la préoccuper.
- À tout à l'heure, Lyanne.
Je refermai la porte derrière moi.
En descendant l'escalier, je retrouvai l'effervescence qui régnait dans toute la maison. Les domestiques couraient dans tous les sens tandis que chacun ne parlait que de la réception.
Personne n'aurait pu rêver meilleure grande sœur que Lyanne.
Elle faisait preuve d'une douceur incroyable avec tout le monde. Je ne l'avais jamais entendue dire une parole méchante, ni envers moi, ni envers quiconque. Sa bonté était sincère, naturelle. Elle méritait quelqu'un capable d'apprécier la femme exceptionnelle qu'elle était.
J'espérais de tout cœur que le destin lui offrirait un compagnon digne d'elle.
Et si ce compagnon était un Souverain, elle deviendrait Étoile à son tour. Elle pourrait alors apporter à une nouvelle meute toute la générosité qu'elle avait toujours offerte à la nôtre.
Après avoir demandé aux Gardiens de préparer les plateaux pour ma mère et Lyanne, je pris rapidement mon petit-déjeuner avant de partir chercher mon père.
En général, je n'avais pas besoin de frapper à la porte de son bureau. Sauf lorsqu'il recevait quelqu'un, j'entrais librement.
Je collai tout de même mon oreille contre la porte.
Aucun bruit.
J'ouvris doucement.
Mon père était assis derrière son bureau, la tête entre les mains.
Une forte odeur de whisky flottait dans la pièce. Un verre vide reposait devant lui.
- Papa... est-ce que ça va ?
Mon inquiétude grandit aussitôt.
Après le visage soucieux de ma mère, voilà maintenant le sien.
Il releva brusquement les yeux.
- Soapy... je ne t'avais pas entendue.
D'un geste rapide, il attrapa le verre vide ainsi que la bouteille posée à côté et les fit disparaître dans un tiroir.
"Soapy."
C'était le surnom que Lyanne m'avait donné lorsque j'étais toute petite. Mon père s'y était attaché au point de continuer à m'appeler ainsi malgré les protestations répétées de notre mère.
Je m'approchai.
- Pourquoi tu as l'air si préoccupé ? Aujourd'hui devrait être une journée heureuse.
Il se leva aussitôt pour venir m'enlacer.
- Bien sûr que c'en est une, ma chérie.
Depuis toujours, nos parents se montraient extrêmement protecteurs avec nous.
Même lorsque des amis proches célébraient leurs dix-huit ans, Lyanne et moi n'avions jamais obtenu l'autorisation d'assister à leur cérémonie. C'était justement pour cette raison que j'attendais cette soirée avec une impatience immense.
J'avais déjà vu des membres ordinaires de notre meute découvrir leur Fil d'Aube. Le plus souvent, tout le monde devinait déjà qui formerait le couple. Ils passaient énormément de temps ensemble avant leur majorité, comme si leur lien grandissait silencieusement avant même d'être révélé.
Puis arrivait enfin le jour des dix-huit ans du plus jeune.
Ils se reconnaissaient instantanément, s'appelaient l'un l'autre avec une émotion débordante avant de se précipiter dans les bras de leur moitié.
Chaque fois, c'était un moment bouleversant.
En revanche, je n'avais jamais assisté à la cérémonie d'un membre de la famille dirigeante d'une meute.
Les familles de Souverains organisaient toutes des réceptions semblables à celle de Lyanne, mais jusque-là, ces événements nous avaient toujours été interdits, même lorsque Lyanne insistait autant que moi.
Aujourd'hui était donc une première.
- Est-ce qu'il y a un problème avec la fête ? Tu veux que je t'aide à quelque chose ?
Il consulta sa montre avant de me répondre.
- Non, tout est sous contrôle. Par contre, regarde l'heure. Tu devrais aller te préparer.
Son sourire était présent, mais sa tristesse ne disparaissait pas.
- Si tu changes d'avis, tu sais que je suis là.
Il posa une main affectueuse sur mon épaule et m'accompagna jusqu'à la porte.
- Ce dont j'ai besoin, c'est que ma petite Soapy soit prête pour célébrer sa sœur.
Je souris.
- Très bien, papa.
L'après-midi passa à une vitesse folle.
Les Gardiens coiffèrent mes longs cheveux brun chocolat en une élégante demi-queue relevée. Mon maquillage resta très discret. Elles expliquèrent qu'il suffisait simplement de mettre en valeur ce que j'avais déjà.
Comme Lyanne était l'invitée principale, je devais accueillir les invités aux côtés de nos parents. Il fallait donc que je sois prête avant elle.
Mais avant tout, je voulais découvrir ma sœur dans sa tenue de fête.
Je montai jusqu'à sa chambre.
Ses cheveux, naturellement plus clairs que les miens, avaient été délicatement bouclés. Sa robe la faisait ressembler à une véritable princesse.
Je restai quelques secondes sans voix.
- Lyanne... tu es splendide.
Elle sourit doucement.
- Merci. Et toi aussi, tu es très jolie.
Je m'approchai d'elle.
- Je suis tellement heureuse pour toi. Ce soir sera inoubliable.
Elle baissa légèrement les yeux.
- J'espère vraiment que tu as raison.
- Quand ton compagnon te verra, il ne pourra pas détourner le regard. Tu es magnifique.
Elle me remercia d'un sourire plus sincère.
À cet instant, la voix de notre mère résonna directement dans mon esprit.
- Éléa, les premières voitures arrivent. Où es-tu ?
Je lui répondis aussitôt par télépathie.
- J'arrive tout de suite.
Je me tournai vers Lyanne.
- Je dois descendre. On se retrouve en bas.
Alors que je m'apprêtais à quitter la pièce, elle attrapa doucement ma main.
Je me retournai.
Son regard semblait chargé de mots qu'elle ne parvenait pas à prononcer.
Finalement, elle murmura simplement :
- Je t'aime, Soph.
Je lui adressai un grand sourire.
- Moi aussi, je t'aime.
Je quittai sa chambre puis descendis les escaliers.
Le cœur léger et un sourire aux lèvres, je franchis les portes de notre demeure pour accueillir les près de deux cents invités qui arrivaient déjà les uns après les autres.
Sans meute, sans peur : la Louve qui a fui les Alphas
Le Trèfle
Loup-garou
Chapitre 1 Chapitre 1
20/07/2026
Chapitre 2 Chapitre 2
20/07/2026
Chapitre 3 Chapitre 3
20/07/2026
Chapitre 4 Chapitre 4
20/07/2026
Chapitre 5 Chapitre 5
20/07/2026
Chapitre 6 Chapitre 6
20/07/2026
Chapitre 7 Chapitre 7
20/07/2026
Chapitre 8 Chapitre 8
20/07/2026
Chapitre 9 Chapitre 9
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Chapitre 10 Chapitre 10
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Chapitre 11 Chapitre 11
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Chapitre 12 Chapitre 12
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Chapitre 13 Chapitre 13
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Chapitre 14 Chapitre 14
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Chapitre 15 Chapitre 15
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Chapitre 16 Chapitre 16
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Chapitre 17 Chapitre 17
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Chapitre 18 Chapitre 18
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Chapitre 19 Chapitre 19
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Chapitre 20 Chapitre 20
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Chapitre 21 Chapitre 21
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Chapitre 22 Chapitre 22
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Chapitre 23 Chapitre 23
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Chapitre 24 Chapitre 24
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Chapitre 25 Chapitre 25
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Chapitre 26 Chapitre 26
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Chapitre 27 Chapitre 27
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Chapitre 28 Chapitre 28
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Chapitre 30 Chapitre 30
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Chapitre 31 Chapitre 31
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Chapitre 37 Chapitre 37
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Chapitre 38 Chapitre 38
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Chapitre 40 Chapitre 40
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