Elle pensait maîtriser son destin. Lui n'avait jamais eu besoin de croire en quoi que ce soit. Leur rencontre n'était pas prévue, et pourtant, elle va sceller l'irréparable. Elle, c'est une femme animée par une quête de justice aussi rigide que sa carapace. Lorsqu'elle se retrouve face à lui un homme dont le nom seul glace les sangs dans les milieux qu'elle dénonce elle croit d'abord tenir sa chance. Pour elle, il incarne tout ce qu'elle combat : un être froid, calculateur, sans remords, qui règne sur son empire dans l'ombre et la loi du plus fort. Mais ce qu'elle ignore, c'est que leurs chemins ne se sont pas croisés par hasard : elle est tombée entre ses mains, et il ne compte pas la laisser repartir indemne.
Posé en haut d'un immeuble et dissimulé dans l'ombre, je l'observais en silence. La neige recouvrait mes épaules et un souffle froid s'échappait à chacune de mes expirations. L'intérêt qu'elle m'insufflait, m'empêchait de faire le moindre mouvement.
Je me délectais de voir la peur envahir ses pores et d'observer ses prunelles effrayées. C'en était galvanisant.
Je ne comprenais pas ce choix, pourquoi avait-elle été choisie à la place d'une autre. Elle était si banale. Quelque chose d'anormale se tramait.
Les effluves de son parfum parvenaient jusqu'à mes narines frémissantes et c'était une affreuse torture de rester immobile et de ne pas la toucher. Le désir qui me possédait était intense. Mais la colère surpassait cette folie, car je savais ce que représentaient tous ces signes et je grognais de frustration. Je détestais cette sensation d'être contrôlé.
Elle ne pouvait pas rentrer dans ma vie, elle n'était pas comme moi. Elle serait continuellement en danger et m'attirerait d'inutiles ennuis. Mais je devais agir car une seule question parmi mes doutes demeurait.
Il fallait que je sache si c'était Elle.
Lyna
Cela faisait plus de deux heures que je me trouvais devant cette allée et je sentais mes muscles s'engourdir peu à peu. Je me frottais le front pour repousser les quelques mèches qui s'y collaient. Mes yeux me piquaient mais je me forçais à les garder ouvert car je devais encore classer les nouveaux livres que nous venions de recevoir. Heureusement j'avais presque fini. Les froides journées d'hiver étaient toujours les plus longues et les plus épuisantes, nous nous levions avec la nuit et nous nous couchions avec la nuit. Un vrai calvaire. C'est dans ces moments-là que je rêvais de vivre dans un grand palace avec une vue sur la mer, mais la réalité était tout autre. Ce sont des livres qui me faisaient offices de jardin paradisiaque et des immeubles en béton en guise de logements. Ouais, c'était pas la folie.
-Lyna qu'est ce que tu fais encore là ? Il est plus de vingt-deux heures ! me dit mon patron en arrivant sur le côté de l'étagère, me faisant sursauter.
-Vingt-deux heures ?! m'exclamais - je en reposant un livre. Je regardais ma montre et remarquais que je n'avais pas du tout vu le temps passer.
-Mais je n'ai même pas encore terminé de ranger tous ces livres ! je lui répondis en pointant du doigt la colonne de livres qui m'attendait encore. J'avais tendance à ne jamais m'arrêter et au quotidien cela pouvait vite devenir déplaisant, car c'était mon sommeil qui en était le plus touché.
-Ne t'embête pas pour ça, tu continueras demain ma belle, maintenant rentre chez toi, il se fait tard, il répliqua d'un ton chaleureux et j'acquiesçais avec un petit sourire. Il connaissait bien ma manie pour l'organisation. Je l'écoutais et m'en allais juste après dans la salle au fond de la librairie pour chercher mes affaires dans les casiers et récupérer mon manteau ainsi que mon sac à main. Je m'approchais de la sortie mais mon patron Brice m'arrêta en m'attrapant le bras et je l'interrogeai du regard.
-Tu devrais prendre des vacances, tu es morte de fatigue et tu vas finir par tomber malade, tu te surmènes trop, il me sermonna inquiet en inspectant les cernes qui devaient certainement se loger sous mes yeux. Ce qui me fit comprendre que je devais être plus discrète si je ne voulais pas être mise de force à l'arrêt, car ce métier c'était tout ce qui "animait" mes journées. Sans celui-ci j'allais me retrouver avachis dans mon canapé et non merci. J'avais besoin d'une activité quotidienne.
-Ne t'inquiète pas pour moi, et puis tu as besoin de moi tu ne peux pas t'occuper de tout, seul, je lui répondais avec un petit sourire en essayant de l'amadouer et il soupira résigné.
Fière de moi, je le saluais et sortais enfin de cette librairie. La différence de température était flagrante et me fit rapidement perdre mon sourire. Je serais sans doute frigorifiée si je n'avais pas déjà chaud dû à mes rangements. Nous étions en hiver, la neige recouvrait désormais tous les trottoirs et les voitures laissaient des trainées derrière leur passage. Je mettais quand même mon écharpe autour de mon cou car sinon demain je me retrouverai ensevelie sous des dizaines de couvertures avec comme seul compagnon : la boîte de mouchoir. Et je n'aurais plus aucune excuse valable à donner à mon patron.
Les rues de Philadelphie étaient étrangement calmes cette nuit, je croisais quelques personnes mais ce n'est pas la folie. Seule la lumière des vieux lampadaires éclairait les rues. Je partais dans mes pensées et continuais de marcher en rêvassant. Après quelques minutes de marche, j'entendis un bruit de craquement juste derrière moi et me retournais en sursaut. J'observai les alentours et remarquai que ce n'était qu'un simple chat.
-Tu deviens folle ma vieille, marmonnais- je en sentant la fatigue me jouer des tours.
Je continuais à avancer en suivant les longs trottoirs, mon appartement se situait à environ 15-20 minutes à pieds de la librairie. Je n'avais pas de voiture et je ne préférais pas me retrouver seule dans les transports en communs à vingt-deux heures du soir surtout à Philadelphie. Je sentis la fatigue prendre possession de moi mais je continuais tout de même de marcher en serrant mon sac contre ma poitrine. Je longeais les trottoirs perdue dans mes pensées, lorsque je sentis une respiration forte et chaude me frôler délicatement l'épaule. Je me tétanisai rapidement et n'osai plus me retourner. Je deviens folle ou quoi !
Je sortis rapidement de ma léthargie et commençai à marcher plus rapidement. Des bruits de pas se firent entendre et semblèrent se rapprocher de moi. La peur commença à me gagner. Je crois qu'un malade est entrain de me suivre. Je me retournai brusquement pour être sûre et m'apprêtai à hurler sur cette personne mais qu'elle fut ma stupeur lorsque je découvris qu'il n'y avait personne, seulement moi. Mais je n'avais tout de même pas imaginé toute cette scène !
Je me massais grossièrement les tempes et soufflais. Je pense que j'ai besoin d'une bonne douche et d'un sommeil profond. Les conseils de mon patron prirent alors tout leurs sens. Je sortis rapidement mon portable et essayai de l'allumer mais bien évidemment, pour ne pas continuer dans le début d'un vieux film d'horreur, mon portable n'avait plus de batterie.
-Il ne manquait plus que ça... soufflais-je dépitée. Je le rangeais dans mon sac à main et relevais la tête pour observer les hauts immeubles qui m'encerclaient, tout en continuant de marcher. Plus les minutes avançaient, plus les immeubles se ressemblaient et je me frottais les mains pour les réchauffer.
-Qu'est ce que...
Je vis une silhouette se fondre dans l'ombre, posée sur un des toits d'un immeuble. Je m'arrêtais et essayais de mieux voir de quoi il s'agissait. J'arrivais à distinguer une forme humaine. Je plissais les yeux pour forcer mes yeux à s'adapter dans la nuit, sans succès.
Mais que faisait cette personne perchée sur un immeuble et cachée dans l'ombre ? Et comment avait- elle réussi à arriver tout en haut ! Y'a vraiment des fous partout...La silhouette pencha sa tête sur le côté comme si elle était curieuse, comme si je n'étais pas censée pouvoir l'observer. A
Au moment où j'allais m'avancer pour me retrouver devant cet immeuble, l'ombre disparut rapidement, comme évaporée. Une sueur froide dégringola dans mon dos. Je m'éloignais rapidement. Peut-être que ce n'était que le fruit de mon imagination et du manque de sommeil accumulé, mais j'entendais des bruits de craquements autour de moi comme des branches d'arbres qui se brisaient : ça se rapprochait. L'ombre me suivait. Tout le monde savait ce qui pouvait arriver aux jeunes femmes marchant dans les rues tard le soir : viol, meurtre...
Je n'arrivais plus à avoir de pensées rationnelles. Tout cela n'avait aucun putain de sens, mais j'étais fatiguée et il faisait nuit. Perdue dans ma course effrénée, mon corps percuta violemment quelque-chose, et désorientée je hurlais de surprise. Je me rapprochais dangereusement du sol mais juste avant de tomber deux bras me rattrapèrent. Enfin c'est ce que j'aperçus derrière ma vision floue. Je ne bougeais plus comme tétanisée. Je tremblais et n'osais pas ouvrir les yeux. Fais la morte, fais la morte, fais la morte. Je restais immobile, le cœur battant la chamade.
-Montre-moi tes yeux, m'ordonna l'inconnu d'une voix froide. Complètement cinglé. J'avais beaucoup trop peur de le faire et j'entendis le soupir de mon ravisseur, comme si je le mettais en colère. J'étais affreusement perdue et cette situation me paraissait irréaliste... Bordel pourquoi cet inconnu désirait -il que je le regarde ?
-Tes yeux, il répéta d'une voix agacée. Je ne comprenais pas pourquoi il tenait tant à ce que je le regarde mais je finis par ouvrir timidement mes paupières. J'examinais lentement sa silhouette. Avec la faible lumière des lampadaires, je pus apercevoir des chaussures noires, et en remontant mon regard, je constatais qu'il était large d'épaule, sa carrure était impressionnante. Il me dépassait de deux têtes, tout en lui respirait l'obscurité et le néant. Lorsque mon regard rencontra le sien pour la première fois, je reculais de deux pas. Il ressemblait un homme. Pourtant, tout en moi criait le contraire, de mes poils qui s'hérissaient un à un à mes mains tremblotantes. Lorsque nos yeux se rencontrèrent et que j'aperçus ses pupilles sombres et perçantes, je pris peur devant ce mélange d'haine profonde. Il fallait à tout prix que je parte.
Lorsque j'entrepris un demi-tour, mes membres se figèrent un à un indépendamment de ma volonté. Mes jambes devinrent dures, mon visage figé. C'était ses yeux... c'était eux...ils... me..il y avait.. quelque chose à l'intérieur... comme le secret d'une existence cachée et d'un retour en arrière impossible. Il fallait vraiment à tout prix que je parte.
Mais une violente vague d'émotion s'immisça en moi, me coupant le souffle tellement celle-ci était brusque. Je sentis tous mes poils s'hérisser plus qu'ils ne le faisaient déjà. Je ne pouvais pas non plus décrocher mon regard de ses pupilles noires comme si nous étions connectés par un lien infrangible. Mes lèvres semblèrent scellées et les sensations que j'éprouvais étaient étranges et puissantes. Je n'avais jamais au grand jamais auparavant ressenti cela.
-Putain...je voulais en être sûr, je l'entendis marmonner agacé en se reculant vivement de moi comme si je l'avais brûlé et la sensation de paralysie s'arrêta brusquement. Ma poitrine se mit parallèlement à me bruler.
-Qu'est-ce que tu m'as fait ?! je criais horrifiée et d'une voix rauque, comme si cela faisait des années que je ne l'avais pas utilisée. Je touchais ma poitrine dont une faible brulure se fit sentir.
-Écoute moi bien, Il me coupa en s'avançant vers moi puis en continuant, tu m'oublies et tu continues ta vie, tu as compris ? Il me menaça en me regardant avec froideur et... du dégoût ?
-Mais, de quoi est-ce que tu parles bordel ?! je répondais complètement effrayée. Puis brusquement, la sensation de brulure s'intensifia et un gémissement de douleur m'échappa. Je le vis faire une légère grimace, comme s'il pouvait ressentir lui aussi cette brulure. Je ne comprenais rien.
-La seule chose que tu dois savoir, c'est que tu ne m'as jamais vu ni entendu, il répliqua d'un ton acerbe en passant à côté de moi.
Je me tournais pour m'énerver mais inspectais effrayée les alentours, j'étais de nouveau seule. Je vérifiais s'il n'était pas caché dans l'ombre, mais rien, aucune trace de lui. Je ne connaissais même pas son nom et il avait totalement disparu, emportant avec lui les réponses à mes questions. Je me retrouvais plus que démunie et avec une étrange sensation de brulure. J'essayais en vain de me frotter la poitrine pour faire disparaître cette douleur. Je me mis alors à marcher pour rentrer chez moi la main au cœur, lorsque soudain une tristesse profonde et inidentifiable remplaça la brulure. Je m'arrêtai la bouche ouverte sous la pression de cette émotion qui semblait envahir chaque cellule de mon être. Un élan de panique me gagna lorsque je compris la raison de cette soudaine tristesse. Bordel, mais qu'est-ce que son regard m'avait fait !? Affolée, je ramenais ma main à ma bouche. C'était impossible.
Il me manquait.
Tu m'appartiens déjà
Enzob
Romance
Chapitre 1 01
31/03/2026
Chapitre 2 02
31/03/2026
Chapitre 3 03
31/03/2026
Chapitre 4 04
31/03/2026
Chapitre 5 05
31/03/2026
Chapitre 6 06
31/03/2026
Chapitre 7 07
31/03/2026
Chapitre 8 08
31/03/2026
Chapitre 9 09
31/03/2026
Chapitre 10 10
31/03/2026
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31/03/2026
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