Le Secret Sous Mon Cœur Brisé

Le Secret Sous Mon Cœur Brisé

SYLVESTRE FABIEN

5.0
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Chapitres

Je pressais mon sac contre mon ventre plat, protégeant le secret qui devait tout réparer : j'étais enceinte de six semaines. Dans le cabinet feutré de l'Upper East Side, je pensais naïvement que cette nouvelle allait enfin ramener Fulton, mon mari, vers moi. Mais sur le tarmac de l'aéroport, l'illusion s'est brisée. Fulton est passé devant moi sans même me voir, courant vers une autre femme qui l'appelait en pleurant. Le soir même, pour notre troisième anniversaire de mariage, il est rentré non pas avec des fleurs, mais avec un dossier bleu : une convention de divorce. Il m'a regardée avec une froideur clinique, m'expliquant que Chimere était de retour et qu'il devait "aseptiser" notre passé. Pour lui, je n'étais plus sa femme, mais une "protégée" qu'il fallait recaser discrètement. Quand j'ai tenté de lui parler d'un éventuel enfant, sa réponse a été un coup de poignard : un héritier serait une "erreur stratégique" et un "désastre" qu'il ne tolérerait pas. L'humiliation ne s'est pas arrêtée là. Au bureau, il m'a forcée à m'excuser publiquement devant mes subordonnés après une provocation de sa maîtresse. Il a exigé que je mette mon talent au service de Chimere, me demandant de "faire briller" celle qui m'avait tout volé. J'étais devenue une employée jetable dans l'empire de l'homme que j'aimais depuis dix ans. Le coup de grâce est venu d'un simple disque de jazz. Ce cadeau de Noël que je chérissais comme la preuve de son amour n'était qu'un rebut, un objet dont Chimere n'avait pas voulu et qu'il m'avait "refilé" par pur pragmatisme. Tout notre mariage n'était qu'un recyclage de ses restes. J'ai compris ce jour-là que la douceur était une faiblesse face à un monstre. En sortant de la salle du conseil, j'ai séché mes larmes et j'ai passé l'appel qui allait tout changer. "Maître Vasseur ? Lancez la procédure. Je veux le divorce, et je veux tout ce qui me revient de droit. Pour mon enfant." La femme soumise est morte dans ce bureau. La guerre pour l'héritage des Benton vient de commencer, et je n'ai plus l'intention de jouer selon leurs règles.

Chapitre 1 No.1

Eloise pressa son sac à main MQ, un prototype de la nouvelle collection en cuir grainé, contre son ventre plat, comme pour y sceller le secret qui venait de changer sa vie. Dans le cabinet feutré de l'Upper East Side, le silence était seulement troublé par le bruit de la pluie frappant les hautes fenêtres.

Le Dr. Laurent ajusta ses lunettes sur son nez, un sourire professionnel mais chaleureux étirant ses lèvres. Il lui tendit une enveloppe crème, épaisse, scellée.

- Félicitations, Madame Benton. Six semaines. Tout est parfait.

Le cœur d'Eloise fit un bond violent dans sa poitrine, cognant contre ses côtes. Une chaleur intense, presque douloureuse, irradia depuis son centre. Elle prit l'enveloppe. Ses doigts tremblaient légèrement.

- Merci, docteur.

Sa voix était faible, étranglée par une émotion qu'elle n'avait pas anticipée. Elle se leva, ses jambes semblant soudainement plus légères, presque aériennes.

Dehors, New York était gris, noyé sous une averse de novembre. Eloise s'engouffra à l'arrière de la berline noire qui l'attendait. Henri, le chauffeur de la famille Benton, la regarda dans le rétroviseur.

- Où allons-nous, Madame ?

Eloise inspira profondément. Elle visualisa le visage de Fulton. Ses yeux gris qui s'illumineraient peut-être. Enfin. C'était la nouvelle qui pouvait tout réparer. Qui devait tout réparer.

- À l'aéroport de Teterboro, Henri. Et vite, s'il vous plaît. M. Benton décolle dans une heure.

La voiture s'élança dans le trafic. Eloise sortit son poudrier. Elle vérifia son rouge à lèvres, lissa une mèche blonde rebelle. Elle se répéta les mots en silence, ses lèvres bougeant sans émettre de son. Tu vas être papa. Nous allons être parents.

La pluie redoubla d'intensité alors qu'ils traversaient le pont de Queensboro. Chaque minute semblait une heure.

Lorsque la berline s'immobilisa sur le tarmac privé du groupe Benton, le vent secouait la carrosserie. Henri sortit précipitamment avec un grand parapluie noir, mais Eloise ne l'attendit pas.

Poussée par une impulsion irrésistible, elle ouvrit la portière. Le vent glacial la frappa de plein fouet, plaquant son trench-coat beige contre son corps, mais elle s'en moquait.

Le jet Gulfstream était là, ses réacteurs émettant déjà un sifflement aigu, assourdissant. La passerelle était abaissée.

Eloise courut sur le bitume mouillé, ses talons claquant irrégulièrement.

- Fulton !

Il apparut en haut des marches. Une silhouette imposante, impeccable dans son costume anthracite. Il tenait déjà son smartphone à l'oreille, le visage tendu, se protégeant de la pluie d'une main. Il commença à descendre, les yeux rivés non pas sur l'écran, mais sur un point invisible au loin, absorbé par sa conversation. Il ne regardait pas la piste. Il ne regardait pas la pluie.

Eloise s'arrêta au pied de l'escalier, le souffle court, une main levée pour attirer son attention. L'eau ruisselait sur ses joues, se mêlant à l'excitation fébrile qui la consumait.

Fulton arriva à sa hauteur. Il passa à deux mètres d'elle. Il ne ralentit pas.

Eloise se figea. Sa main retomba lentement le long de son corps. Le choc physique de son indifférence fut plus violent que le froid.

- Fulton ! cria-t-elle, sa voix se brisant contre le bruit des turbines et le fracas d'un coup de tonnerre.

Il s'arrêta enfin. Il fronça les sourcils, une expression d'agacement traversant son visage, mais il ne se retourna pas vers elle. Il fit un geste impatient de la main pour lui signifier d'attendre.

Eloise fit un pas vers lui, l'enveloppe brûlant dans sa poche. Elle était assez proche pour entendre.

Une voix féminine, cristalline et brisée par des sanglots, s'échappa du téléphone.

- Fulton... j'ai peur...

Le dos de Fulton se raidit. Sa posture changea du tout au tout. L'agacement fit place à une tension protectrice immédiate.

- Reste où tu es, Chimere. Ne bouge pas. J'arrive.

Le sang d'Eloise se glaça. Ses entrailles se tordirent, une nausée violente remplaçant l'euphorie d'il y a cinq minutes.

Fulton s'engouffra dans une seconde voiture qui attendait près de l'avion, claquant la portière sans un regard en arrière. Le véhicule démarra en trombe, les pneus crissant sur le sol mouillé, projetant une gerbe d'eau sale sur les jambes d'Eloise.

Henri arriva à côté d'elle, positionnant le parapluie au-dessus de sa tête. Il ne dit rien, mais son soupir discret en disait long.

Eloise resta immobile, regardant les feux arrière de la voiture disparaître dans la grisaille. Elle porta lentement sa main à son ventre, effleurant le tissu humide de son manteau.

- Pas aujourd'hui, mon bébé, murmura-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle rauque. Pas aujourd'hui.

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