“Pendant trois ans, j'ai été le garde du corps d'Adrien Chevalier. Et sa doublure. Ce soir, j'ai pris une balle pour lui. La blessure à mon épaule est encore à vif. Mais il s'en fichait. Son assistant m'a arrachée de l'hôpital, ma plaie infectée, le corps dévoré par la fièvre, parce que la femme que je remplaçais, Chloé de Valois, était de retour. À l'aéroport du Bourget, il l'a serrée dans ses bras avec un amour que je n'avais jamais vu. Chloé m'a toisée avec un mépris glacial. « Adrien, dis-lui de porter mes bagages. » Il a vu mon visage blême, le bandage qui dépassait de mon col, mais sa voix était tranchante. « Qu'est-ce que tu attends ? Prends les valises. » Il y avait cinq énormes valises. Quelques instants plus tôt, Chloé avait simulé une entorse au poignet, et il l'avait examiné avec une inquiétude paniquée. Quand j'ai pris une balle pour lui, il m'a à peine jeté un regard avant d'ordonner à ses hommes de « nettoyer ce bazar ». Ce soir-là, en rentrant, j'ai ajouté une autre pierre noire dans le bocal en verre sur ma commode. Je m'étais fait une promesse : chaque fois qu'il me blesserait, j'ajouterais une pierre. Quand le bocal serait plein, je le quitterais pour toujours. Ce soir, c'était la pierre numéro trois cent soixante-huit. Le bocal était presque à moitié plein.”