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Alessandro Romano se tenait devant les vastes baies vitrées de son bureau, dominant Milan comme un roi contemple son royaume. La ville en contrebas, plongée dans une lumière d'hiver froide et implacable, semblait se plier à sa volonté. Il serrait un verre de scotch entre ses doigts, les phalanges blanchies par une rage contenue. La mort de Viktor Petrov n'était pas une nouvelle qu'il avait envisagée. Elle n'était pas un soulagement, ni une conclusion. C'était une échappatoire, une porte de sortie lâche et infâme que Petrov s'était octroyée sans son accord.
Le téléphone sur son bureau vibra, un son discret mais impérieux dans la pièce silencieuse. Alessandro posa son verre avec une précision mécanique avant de décrocher.
« Je suis là », dit-il, la voix basse, rauque, comme une lame glissant contre une pierre.
La voix de Carlo, son détective personnel, résonna au bout du fil. « Il est mort, Alessandro. Un accident de voiture sur une route gelée près de Saint-Pétersbourg. »
Alessandro ferma les yeux. Viktor Petrov, le serpent russe, l'homme qui lui avait extorqué des milliards et ridiculisé son nom dans certains cercles financiers, était mort. Pas par ses mains. Pas comme il l'avait imaginé. Pas avec la lente agonie qu'il méritait.
« Et le reste ? » demanda Alessandro, maîtrisant le grondement dans sa voix.
Carlo hésita. « Il y a... autre chose. Petrov avait une fille. Sofia Petrov. Une héritière, si l'on peut dire. Elle vit à Londres. Discrète. Aucune implication dans les affaires de son père. »
Une fille. Alessandro laissa cette information pénétrer son esprit. Il n'avait jamais entendu parler d'une Sofia Petrov, et pour cause. Viktor avait gardé sa vie privée hermétiquement close. Un atout caché. Mais un atout qui pouvait maintenant servir Alessandro.
« Trouve tout ce que tu peux sur elle. Âge, cercle social, vulnérabilités. Je veux un dossier complet avant la fin de la semaine », ordonna-t-il, déjà en train de construire des scénarios dans son esprit.
« C'est déjà fait », répondit Carlo. « Je vous envoie tout dans une heure. Mais je dois vous avertir, Alessandro. Elle n'est pas Viktor. Elle a une vie modeste, presque... insignifiante. »
« Personne n'est insignifiant », répondit Alessandro en raccrochant.
Il resta immobile quelques instants, les mains appuyées contre le bord de son bureau. L'information se distillait en lui, froide et méthodique. Sofia Petrov. Ce nom allait devenir sa clé. Viktor était peut-être hors de sa portée, mais cette fille... elle pourrait devenir le catalyseur de sa vengeance.
Une heure plus tard, le dossier arriva dans sa boîte mail. Il l'ouvrit, les yeux parcourant les lignes avec une attention calculée. Sofia Petrov, 27 ans, diplômée en arts visuels, travaillait comme conservatrice dans une petite galerie indépendante à Londres. Pas de propriétés extravagantes, pas de comptes bancaires suspects, rien qui la reliait directement aux crimes de son père. Elle semblait vouloir s'éloigner de son héritage, à moins qu'elle ne soit une actrice talentueuse dans cette mise en scène de banalité.
Mais ce qui attira le regard d'Alessandro, c'était sa photo. Une image floue d'un événement récent, un sourire timide et une lueur dans les yeux, quelque chose de profondément différent de l'arrogance froide de Viktor. Elle était jolie, avec une grâce qui semblait presque déplacée dans le monde qu'Alessandro connaissait.
Le lendemain, il convoqua Carlo à son bureau.
« Je veux la rencontrer », dit Alessandro sans préambule.
Carlo fronça les sourcils. « Vous pensez vraiment que c'est une cible viable ? Elle ne sait probablement rien des affaires de son père. »
« Ce n'est pas ce qu'elle sait qui m'intéresse », répondit Alessandro en fixant Carlo de son regard perçant. « C'est ce qu'elle peut devenir. Un outil. Une faiblesse. Une dette. Viktor a peut-être cru qu'il pouvait mourir en emportant tout avec lui, mais il a laissé une pièce sur l'échiquier. »
Carlo hocha la tête, mais son expression trahissait une réserve. Alessandro l'ignora. L'homme n'avait pas besoin de comprendre sa vision, seulement de l'exécuter.
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