Jamais je n'aurais imaginé croiser à nouveau son chemin. Alexandre Leroy. Celui qui a brisé mon cœur. Celui qui a choisi le hockey plutôt que moi. Celui qui m'a laissée derrière. Après lui avoir consacré trois années de ma vie, tout s'est terminé après son diplôme universitaire. Il a suivi son chemin, et moi le mien. Mais je n'aurais jamais pensé décrocher un emploi dans son agence en déménageant à Lyon quatre ans plus tard, encore moins devenir son assistante. Un poste qui exige que je sois à son service, que j'exécute ses demandes et que je lui affiche un sourire en permanence. Alors, je joue le jeu. En public, je suis l'assistante gentille, aimable et attentionnée, et en privé, je l'ignore comme si ma vie en dépendait. L'idée de me rapprocher de lui à nouveau me terrifie, parce que je le sais. Je sais qu'une fois que je le laisserai à nouveau entrer, je ne pourrai plus le laisser partir. Et si je le fais, ce sera au prix de mon cœur, et cette fois, il le brisera au point de ne plus pouvoir le réparer. Autrefois, je croyais qu'il serait toujours à moi. Mais le hockey a tout changé. Que ferait-il maintenant, s'il devait faire ce choix ? Moi ? Ou le hockey ? Ou les deux ? . .
Jamais je n'aurais imaginé croiser à nouveau son chemin.
Alexandre Leroy.
Celui qui a brisé mon cœur. Celui qui a choisi le hockey plutôt que moi. Celui qui m'a laissée derrière.
Je me souviens encore de cette nuit où tout s'est terminé. La pluie battait contre les vitres, rythmant les battements affolés de mon cœur. L'appartement était plongé dans une obscurité pesante, seulement troublée par la lueur vacillante des réverbères à travers les rideaux. J'étais debout face à lui, les bras croisés sur ma poitrine comme si ce simple geste pouvait contenir la tempête qui grondait en moi.
Il ne disait rien. Son regard fuyait le mien, fixé sur le sol entre nous, comme s'il y cherchait une réponse qui ne viendrait jamais.
« Dis quelque chose. » Ma voix s'était brisée sur ces mots, mais il n'avait pas levé la tête.
Un long silence, étouffant. Puis sa respiration s'était faite plus lourde, et sa mâchoire s'était crispée avant qu'il ne murmure :
« Je ne peux pas rester, Camille. »
Six mots. Juste six mots pour anéantir trois années d'amour, de promesses et de rêves partagés.
Je n'avais pas répondu. Parce que je savais. Parce que je l'avais toujours su, au fond. Son amour pour le hockey avait toujours été plus grand que tout. Plus grand que nous. Plus grand que moi.
Je l'ai regardé partir sans le retenir. J'aurais pu supplier, lui dire qu'on trouverait une solution, qu'il n'avait pas besoin de choisir. Mais j'ai compris, à la façon dont il s'éloignait, que son choix était déjà fait.
J'ai passé des mois à ramasser les morceaux de mon cœur brisé, à me convaincre que j'allais l'oublier, que j'allais avancer. Quatre ans ont passé. J'ai reconstruit ma vie, appris à ne plus penser à lui à chaque battement de mon cœur.
Et puis, aujourd'hui.
Un bureau spacieux, une grande baie vitrée donnant sur les toits de Lyon. Un nouveau départ. Un nouveau poste, une opportunité en or. Mon CV entre les mains, les mots de mon contrat encore frais dans mon esprit.
Et puis son regard.
Un regard que je reconnaîtrais entre mille, ancré dans ma mémoire comme une brûlure.
Le temps suspend sa course.
Alexandre Leroy.
Mon nouveau patron.
Le sol se dérobe sous mes pieds. Je le vois tressaillir, juste une fraction de seconde, avant que son expression ne redevienne impassible. Mais moi, je le connais. Je vois la tension dans ses épaules, la lueur de surprise dans ses yeux, ce bref instant où tout bascule.
Un silence s'étire entre nous. Une éternité.
Je serre les poings. Je n'ai jamais cru au destin, mais s'il existe... alors il a un sens de l'humour cruel
L'air est chargé d'une tension presque palpable alors que je reste figée sur place, incapable de détourner le regard. Alexandre Leroy. Mon ex. Mon premier amour. L'homme qui a brisé mon cœur en mille morceaux sans jamais se retourner.
Et maintenant, il est là, devant moi, à quelques mètres seulement, vêtu d'un costume impeccablement taillé qui contraste étrangement avec l'image que j'ai gardée de lui. Autrefois, c'était les maillots froissés, les cheveux en bataille après l'entraînement, le regard brûlant d'adrénaline après un match. Aujourd'hui, c'est un homme en pleine maîtrise, le dos droit, les traits impassibles. Seule sa mâchoire légèrement crispée trahit un bref instant de surprise.
Autour de nous, les employés vont et viennent, indifférents au cyclone qui fait rage dans mon esprit. Le son de leurs voix est un murmure lointain, noyé sous le tumulte de mes pensées.
J'ai passé quatre ans à reconstruire ma vie. Quatre ans à me persuader que notre histoire appartenait au passé. Et pourtant, en un instant, tout vacille.
Respire, Camille.
Une voix s'élève derrière moi, brisant l'instant comme une lame de rasoir.
- Mademoiselle Garnier ?
Je me retourne vivement. Une femme d'une cinquantaine d'années, lunettes sur le nez et tailleur strict, me fixe avec une expression professionnelle.
- Je suis Hélène Moreau, la directrice des ressources humaines. Je vais vous accompagner jusqu'au bureau du directeur.
Le bureau du directeur.
Mon cœur se serre. Mon cerveau refuse d'y croire, refuse d'assembler les pièces de ce puzzle cruel. Il ne peut pas être...
- Suivez-moi, reprend-elle avec un sourire formel.
Les battements désordonnés de mon cœur résonnent dans mes oreilles tandis que je lui emboîte le pas, traversant l'open space d'un pas mécanique. Chaque employé que nous croisons est absorbé dans son travail, chacun plongé dans ses dossiers, ignorant que mon monde est en train de s'effondrer sous mes pieds.
Nous arrivons devant une porte en bois sombre, ornée d'une plaque gravée : Alexandre Leroy – Directeur général.
Je sens mon souffle se bloquer dans ma gorge.
C'est une mauvaise blague, n'est-ce pas ?
J'ai signé mon contrat, passé les entretiens avec Hélène et les autres membres du comité de recrutement. Jamais, pas une seule fois, son nom n'a été mentionné. Comme si le destin avait pris un malin plaisir à me faire croire que ce job était une nouvelle chance, un nouveau départ... alors qu'il m'attachait à nouveau à celui que j'avais tenté d'oublier.
Hélène frappe doucement contre la porte avant de l'entrouvrir.
- Alexandre, voici votre nouvelle assistante.
Elle s'efface pour me laisser entrer.
Je fais un pas à l'intérieur. Puis un autre.
La pièce est spacieuse, baignée par la lumière naturelle filtrant à travers une immense baie vitrée qui offre une vue imprenable sur la ville. Un large bureau en verre occupe le centre, accompagné d'un fauteuil en cuir sombre. Contre le mur, une étagère en bois massif aligne des dossiers méticuleusement classés, des trophées et quelques cadres photo soigneusement disposés. L'odeur subtile du cuir et du café flotte dans l'air, familière et pourtant étrangère.
Et lui.
Debout près de la fenêtre, les mains dans les poches, Alexandre ne bouge pas immédiatement. Son regard est perdu sur les toits de Lyon, fixé sur un point invisible à l'horizon. Il a toujours eu cette habitude, ce besoin de se plonger dans le vide avant de faire face à ce qui l'attend.
Puis, lentement, il se retourne.
Le temps suspend sa course.
Ses yeux, d'un brun profond, captent les miens, et une tension électrique s'installe instantanément.
Je vois ce petit tressaillement imperceptible au coin de sa bouche, ce battement de cils légèrement plus long qu'il ne devrait l'être. Une fraction de seconde où son masque se fissure. Mais très vite, il se reprend, et son visage retrouve cette neutralité froide, distante, presque indifférente.
- Camille.
Mon prénom glisse entre ses lèvres comme une évidence, comme un murmure du passé qui refuse de s'effacer.
J'inspire profondément. Chaque fibre de mon être me hurle de fuir, de claquer la porte et de tourner les talons, mais je ne peux pas. J'ai décroché ce job. Je refuse de le laisser me déstabiliser.
Je redresse les épaules et ancre mes pieds dans le sol, prête à ce combat silencieux qui vient de commencer.
- Monsieur Leroy.
Ma voix est calme, maîtrisée, presque détachée.
Mais je vois la lueur d'agacement dans son regard. Il n'aime pas ce ton. Il n'aime pas que je le traite comme un étranger.
Et pourtant, n'est-ce pas ce que nous sommes devenus ?
Un silence s'installe, épais, pesant, seulement troublé par le bruit lointain de la ville à travers la baie vitrée.
Hélène, visiblement inconsciente de la tension glaciale entre nous, s'éclaircit la gorge.
- Camille s'occupera de la gestion de votre agenda, du suivi des dossiers prioritaires et de la coordination des événements. Elle a déjà une solide expérience en communication, je suis certaine qu'elle s'intégrera rapidement à l'équipe.
Alexandre ne détourne pas les yeux de moi.
- Je n'en doute pas, finit-il par dire d'une voix posée.
Un frisson parcourt mon échine.
Je ne sais pas si c'est à moi qu'il s'adresse, ou si c'est une simple formalité.
- Très bien, je vais vous laisser discuter, conclut Hélène en nous gratifiant d'un dernier sourire.
La porte se referme derrière elle, et nous voilà seuls.
Un battement de cœur. Deux.
Puis Alexandre lâche un soupir discret et contourne son bureau pour s'y asseoir, joignant les mains devant lui.
- Alors, reprend-il, sa voix plus grave que dans mes souvenirs, comment veux-tu qu'on procède, Camille ?
Sa question flotte dans l'air, suspendue entre nous comme un fil tendu prêt à céder à la moindre pression.
Un goût amer envahit ma bouche.
Comment veux-tu qu'on procède ?
Comme si c'était une simple collaboration professionnelle.
Comme si je n'étais pas celle qu'il avait abandonnée sans un regard en arrière.
Je serre les poings, ancrant mes talons dans le sol pour ne pas vaciller.
- Comme deux adultes responsables, répondis-je finalement, la voix aussi glaciale que mon regard.
Un sourire fugace, à peine perceptible, effleure ses lèvres.
- Bien.
Mais son regard dit tout le contraire.
Il sait que ce ne sera pas aussi simple.
Et moi aussi.
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