“À son réveil, Ilan demeura un long instant immobile, comme si son corps devait se réhabituer à un monde dont les règles lui semblaient étrangères. Autour de lui, les silhouettes féminines occupaient l'espace des décisions, des rituels et des discours publics ; c'était devenu la norme silencieuse. Orphelin de repères concrets et privé de toute tutelle parentale, il trouva dans la présence de sa sœur Maëva une ancre presque physique - la chaleur de sa main sur son épaule, la façon dont elle ramenait une mèche rebelle derrière son oreille, ces petites attentions qui apaisaient ses nuits. Les années l'enseignèrent à lire les signes : comment saluer, où se tenir, quel ton adopter. Peu à peu, l'effacement se mua en choix tacite ; Ilan cessa de lutter contre la place qu'on lui offrait et y découvrit, non sans surprise, une forme de confort - non pas un triomphe, mais une douceur régulière, une routine qui le protégeait des tempêtes extérieures. Pourtant, ce qui n'était d'abord que soin fraternel prit des contours plus ambigus. Maëva ne se contentait plus de veiller : son attention devenait obsessionnelle, ses gestes plus longs, ses silences parlants. Il sentait parfois son regard rester trop longtemps sur lui, comme pour retenir quelque chose qui lui appartiendrait. Ici, les chiffres n'étaient pas simplement froids : ils définissaient une réalité quotidienne - trois femmes pour un homme. Ilan n'était ni un héros contestataire ni un modèle de virilité ; il se tenait dans une posture d'abandon volontaire, faisant de la douceur et de l'obéissance ses refuges. Ceux qui s'attendent à lire un récit de domination masculine ne reconnaîtraient pas leurs attentes dans sa trajectoire.”