“Pendant dix ans, j'ai aimé Hadrien Chevalier. Je l'ai même épousé en sachant que je n'étais qu'une remplaçante pour son grand amour, Isabelle. J'ai joué le rôle de l'épouse parfaite, prévisible, espérant qu'un jour, il finirait par me voir. Cet espoir est mort la nuit où notre hôtel particulier a pris feu. Il a fait irruption dans notre chambre envahie par la fumée, m'a regardée droit dans les yeux, puis a attrapé notre chien et s'est enfui, me laissant brûler vive. Un écho glaçant du jour où j'ai fait une fausse couche. Je hurlais son nom pendant qu'il consolait Isabelle à côté. Il n'est jamais venu pour moi à ce moment-là, et il n'est pas venu pour moi cette nuit-là non plus. Dans cet enfer, en le regardant sauver le chien plutôt que sa propre femme, je n'ai ressenti ni douleur ni colère. Je n'ai rien ressenti. La fille naïve qui l'aimait était enfin morte, incinérée avec ma dernière lueur d'espoir. Alors, quand je me suis réveillée à l'hôpital et qu'un SMS a confirmé que mon divorce était finalisé, je n'ai pas pleuré. J'ai réservé un aller simple pour Genève. Cette fois, c'est moi que je choisissais de sauver. C'est parti.”