“Mon fiancé, Léo, et ma sœur, Chloé, m'ont volé la chanson dans laquelle j'avais mis toute mon âme pendant trois ans. C'était mon chef-d'œuvre, celui qui devait définir nos carrières. J'ai tout entendu à travers la porte entrouverte du studio d'enregistrement. - C'est le seul moyen pour toi de gagner le Trophée Avant-Garde, Chloé, insistait Léo. C'est ta seule chance. Ma propre famille était dans le coup. - C'est elle qui a le talent, je sais, mais elle ne supporte pas la pression, a dit Chloé, en citant nos parents. C'est mieux comme ça, pour la famille. Ils me voyaient comme un moteur, un outil. Pas comme une fille, ou comme la femme que Léo était censé épouser dans trois mois. La vérité était un poison lent et glacial. L'homme que j'aimais, la famille qui m'avait élevée... ils se nourrissaient de mon talent depuis le jour de ma naissance. Et le bébé que je portais ? Ce n'était pas le symbole de notre avenir, mais le dernier verrou de la cage qu'ils avaient construite autour de moi. Plus tard, Léo m'a trouvée tremblante sur le parquet de notre appartement, feignant l'inquiétude. Il m'a serrée dans ses bras en murmurant dans mes cheveux : - On a tellement de belles choses qui nous attendent. Il faut penser au bébé. C'est à ce moment-là que j'ai su exactement ce que je devais faire. Le lendemain, j'ai passé un appel. Alors que Léo écoutait sur une autre ligne, sa voix brisée par une panique enfin réelle, j'ai parlé calmement dans le téléphone. - Oui, bonjour. Je voudrais confirmer mon rendez-vous pour demain. - Celui pour... l'intervention.”