Ce livre est dédié à Ruby la rêveuse, Bilel le gourmand, Mila l’espiègle et à Inaya qui adore le sport. À Hnia qui passe ses tendres heures à danser, Iliam le courageux et Sayana qui n’a peur de rien.
Incorrigibles et charmants enfants, joyeux garnements pleins de bon sens, vous êtes les héros de ce roman. Vous avez su m’ensorceler, m’envoûter. Cette histoire fantastique vous appartient.
À ma mère, le 12 juin 2021.
Prenez le temps de rêver… Et si vos songes ne se réalisent pas, qu’ils vous entraînent tout de même vers le merveilleux !
1
Il était une fois
Drancy, 23 décembre 2015
Contre toute attente, l’année 2015 avait décidé de se comporter à la façon d’un match de football endiablé. Au beau milieu d’un été caniculaire, elle siffla le coup d’envoi pour le début d’une série d’évènements dignes de déclencher l’appétit féroce des médias. Entre shoots et talonnades, certains joueurs marquèrent pourtant le but de la victoire quelques jours avant Noël. C’est ainsi que les actions héroïques d’une bande de gosses égarés s’arrangèrent pour bousculer les plaisirs de ces fêtes empreintes d’espérance, messagères d’un bonheur tout nouveau.
En ces jours boréaux, un froid sibérien avait paralysé Drancy, une petite ville proche de Paris. Ensevelie sous une couche de neige immaculée, cette bourgade somnolait du sommeil du juste, sans se soucier du climat banquisard. Tout semblait tranquille, pas un bruit n’était venu déranger le profond repos des habitants, enfouis sous d’épais édredons. Toutefois, c’était sans compter sur les tracasseries que nous réserve la vie. D’ailleurs, ces évènements perturbateurs étaient-ils dus à cette déferlante polaire qui avait paralysé toutes les rues de la ville en cette année pleine de mystères ?
Personne à ce jour n’a pu éclaircir cette énigme. Des heures peu banales avaient pointé le bout de leur nez pour mettre à mal cette bourgade, d’ordinaire si tranquille. Cette journée brilla par tant de singularité, et sema le doute sur toute la ville, contaminant les esprits conformistes. Au petit matin d’un 23 décembre 2015, l’apparition de six gamins hagards avançant en titubant presque dans les lueurs d’une aube glaciale fit sensation. Tant il semblait abracadabrantesque, tous s’accordèrent pour dire que ce retour fortuit allait déposer sur le parvis de la mairie une malle remplie de tracasseries, mais de joie aussi.
La façon dont étaient affublés les gosses attirait à elle seule le regard des lève-tôt, abasourdis par l’incongruité de la situation. Cinq enfants à peine âgés d’une douzaine d’années avançaient péniblement dans les rues encore endormies. Ils avaient surgi de nulle part, presque dénudés, mettant fin à une fugue de quelques mois. Ce retournement inattendu marqua indubitablement le début d’un hiver bien rude. Cette année-là, une météo prise d’un coup de folie annonçait en boucle une vague de froid exceptionnelle, pendant que les fêtes de Noël se tenaient au garde à vous sur le pas des portes décorées.
Dès potron-minet, le climat banquisard avait montré ses crocs. Il mordait sans aucune pitié les plus courageux qui osaient déambuler dans les rues de la ville sans une bonne raison. Bien peu d’âmes valeureuses avaient relevé le défi, et l’heure aurorale gardait au chaud pour quelques heures encore les habitants enfouis sous d’épaisses couvertures. Pourtant, si les quelques curieux éveillés avaient collé le bout de leur nez marmoréen sur la vitre de leur chambre, ils auraient pu distinguer six jeunes aventureux qui avançaient en courbant l’échine, luttant péniblement contre le vent glacial. Fantômes transis et hésitants, ils cheminaient au milieu de l’avenue principale encore déserte, marquant de leurs pas une neige immaculée.